30.04.2008
Ne dis rien...
Tu as voulu le silence, comme un renoncement à nous, comme un rejet de voix partagées. Entre parler et se parler, entre aimer s'aimer et maudire, entre jaser , ironiser et gémir. Soit. je me tais. Outre la parole, il reste le regard, le toucher. Mais de ces sens là, tu n'en veux plus non plus. On se croise comme des indifférences. On s'endort dos à dos avec le croire de l'inconsistance de l'autre, qui pourtant est bien là, remuant dans son sommeil comme un animal blessé et endormi, mais qui n'accepte ni compassion ni tendresse. Les douleurs de l'âme sont rudes, invisibles, intouchables. On se voit comme des fantômes, on vit en mécaniques qui fonctionnent sur l'inertie du temps: ouvrir le frigo, faire cuire quelque chose, manger en regardant le vide, laver son assiette et se forcer à repartir, au boulot ou ailleurs, n'importe où, pourvu qu'on échappe à la présence de l'autre, pourvu qu'on abandonne un miroir déformé, un autre soi qui n'est plus ce qu'on croyait être le reflet de soi, à soi, pour soi.Alors, que ce soit en silence, que ce soit avec mes yeux, ou par un geste d'offrande pratique, qui est malheureusement un des seuls signes que la nature nous a donné pour codifier nos élans et nos scellements de serments, je te fais de moi la preuve de mon amour. Et je crois, dans ton silence, que tu ferais de même. Jusqu'au moment où nos orgueils auront été anéantis par nos raisons, jusqu'au moment où nous aurons basculé du sommet de nos égoïsmes pour tomber, pour un moment encore, dans le soulagement commun de nos vies duales, de nos rapprochements sécuritaires, de nos luttes communes contre ce qui nous divise.
Et ce temps-là vient ...
(c) Pablo Robinson- 04/2008
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26.03.2008
lettre fulgurante pour Elle
Le soleil plombe depuis une heure sur le toit de la voiture. Fenêtres ouvertes, dans l'embouteillage entre l'aéroport et Fort de France. Patience. Petites avancées pas à pas, l'esprit ailleurs. Et paf! soudain, fulgurante, l'image subliminale d'elle apparaît, là, en pleine chaleur de midi tropical. Une estompe entre l'air vibrant, les voitures devant, le rien de la pensée à ce moment-là. Ca prend pile en dessous du sternum. Une envie de larguer tout ça, de descendre de la voiture en claquant la porte, d'aller à pied vers l'aéroport, de sortir la carte bancaire et de prendre le premier billet qui va vers Paris...
D'un seul coup j'entrevois la bruine à la sortie du couloir d'Orly, la fraîcheur presque douce du matin de printemps. Sauter dans un taxi, et aller à l'île saint louis renifler les parfums du marché aux fleurs. Traverser la Seine, remonter Saint Jacques et puis aller à l'entrée des catacombes, là, entre le bistrot du coin et l'autre marchand de fleurs, tourner autour du lion et redescendre vers le jardin du luxembourg.
Ou encore fuir d'un coup d'avion au-dessus des Alpes, survoler le lac majeur et fondre comme une pierre sur la plaine de Vérone, traverser le parking à la hâte et entrer dans le petit magasin pour dévorer quelques parts de parmezziano entre regardant ses yeux brillants de plaisir.
La voiture devant avance encore. Un visage apparaît encore, plein du soleil de la Mer Morte, une peau bronzée, lisse, de visage aimé et tendre. Flou nouveau et la revoilà accroupie dans la mer, un masque collé aux yeux, pour regarder les petits poissons colorés du récif. Elle revient derrière moi, je sens son corps contre mon dos, vibré par le moteur de la moto.
10 secondes seulement et la route se libère.
Presque pas grave si elle n'est pas là, si elle fait semblant de ne rien voir, de ne rien entendre , d'oublier ces moments partagés... son image est collée devant mes yeux, en transparence, comme une manière d'adoucir l'aveuglant du soleil d'ici. Personne se saura rien de ces moments. Personne sauf elle, si elle y croit, sauf elle si ......
Non, rien. c'était une moment de fulgurance sur une voie express, chaude, tropicale, lointaine. trop lointaine pour qu'elle le sente. Une rechute d'amour, peut être.
(c) Pablo Robinson- 03-2008
16:55 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lettre, amour, tendre, tendresse, isolement, île, îles
05.03.2008
la note sur le bureau
Je ne sais pas la force du lien, je ne sais pas pourquoi de si loin on attache son coeur à un regard, à un sourire, à des yeux qui se ferment. C'est sans doute parce que ce regard est trop rare, le sourire trop attendu, les yeux trop souvent ouverts sur ce que l'on ne veut pas voir. Alors j'espère aprés eux, alors j'attends un mot, alors je compte le temps, comme si la densité des jours pouvaient devenir assez épaisse pour étouffer cette envie de respiration impossible à faire tout seul....
Bien à toi, très fort, comme une vibration.
08:53 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ventre, force, lien, éponge, faim, coeur, etouffer
08.11.2007
La brume d'elle
De ces liens tissés à coups de sentiments jetés trop loin, à bout de main tendue. De ces baisers donnés les yeux fermés avec ce voeu si fort d'être aveugle longtemps pour que mes lèvres gardent la douceur de sa bouche, le velours de sa joue, le goût de la larme coulée. Je me retourne encore, le masque sur le visage. Le feulement des réacteurs brise le silence que je cherche. Dans ma nuit artificielle, dans cet avion vide, je cherche le point, l'image, le geste d'elle sur lequel je pourrais m'endormir. Mais à chaque souvenir mon rêve s'écroule et une nouvelle nuit retombe.19:25 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.12.2006
lettre d'un innommable à un trou du cul
Monsieur le trou du cul.
Vous ne m'en voudrez pas d'attacher un tel adjectif à votre identité, mais eu égard à la consistance et à l'odeur de ce qui sort de votre bouche, je ne vois pas, de ma part d'innommable, d'autre nom à vous affubler.
Je suis né de Blancs, comme vous le dîtes. Leur origine pourrait être Africaine ou autre, mais puisque vous avez ajouté le mot blanc en balance au mot Africain, je vous prends au mot, et je découvre avec vous que les Blancs ont une origine géographique au même titre que les Africains, lesquels, pourtant, ont des couleurs de peau multiples et des coutumes ou des habitudes sociales diverses dont l'origine ne saurait être liée à la couleur noire, mais bien à des histoires et des légendes à la hauteur de ce qui fait notre monde. Et de ces couleurs de peau, je me fous royalement, sachant que puis l'aube de l'humanité, la sexualité reproductrice de la gent humaine s'est depuis longtemps débarrassée de ce détail pour préserver l'espèce, ce qui prouve encore plus que la peau n'est pas affaire de race, mais de contexte génétique dont le code n'est en rien discriminatoire pour en faire une nouvelle génération.
Donc, foin de votre racisme au vitriol, vous êtes vous même le fruit d'utéri successifs dont personne n'a à déterminer la couleur, du moment que vous avez une identité humaine, à la nuance près que si les autres fruits humains se comportent comme tels, vous, vous semblez renier tout ce qu'il y a de plus beau et de plus pur dans l'humanité: l'amour, la solidarité et la tolérance.
Je n'étais pas innommable à ma naissance, mais j'en ai pris la couleur et le caractère. Non seulement en frottant ma carcasse aux soucis de la Vie, mais aussi en pélerinant autour du monde, et -nous y voilà-, particulièrement en Afrique et au Moyen Orient. J'ai pu traverser dans mon espace-temps des confrontations africaines où les massacres se faisaient à la machette ou au marteau de soudeur (coté pointu d'un coup sec à l'arrière du crâne), ou encore par des bombardements irakiens sur les populations kurdes, laissant des milliers de morts empoisonnés, ou encore aujourd'hui, par des festins de guérillas dont les victimes pourraient être nos cousines germaines mutuelles, le Darfour étant considéré par les plus éminents paléontologues comme étant le berceau de l'humanité, dont vous et moi ne sommes que les pâles rejetons.
Il y a quelques années, lors d'un voyage pour le moins touristique en Palestine-Israël ou Israël-Palestine (on ne saura pas le vrai nom de notre vivant, n'est ce pas ?), j'ai visité un mémorial (Yad Washem) consacré aux victimes du nazisme, et je pris ce jour là une grosse baffe dans ma figure de nommable, en découvrant que 160 personnes portant mon nom avaient été avalée par le Moloch Baal nazi, et depuis ce temps erraient sous forme gazeuse autour de notre planète (la vôtre et la mienne).
Du coup, sans y chercher une "histoire" ou un "prétexte", je me suis mis une peau d'innommable sur le dos, espérant avec ce manteau de gloire et de force, pouvoir comprendre de l'intérieur comment on fait pour vivre dans un monde fait de rejet et de haine. Comprendre que le but ultime de nos vies n'est pas dans nos vies, mais ailleurs et plus tard. Employer nos forces pour gravir avec intelligence les degrés difficiles de la vie sociale, en cherchant une place utile dans les puzzles de la société, en y puisant les ressources nécessaire pour y survivre et s'y faire reconnaître et, comme les alchimistes autrefois, y apporter en échange équivalent les biens et les services que ladite société est susceptible d'attendre de soi.
Je n'aurais rien d'autre à ajouter, convaincu dans tous les cas, qu'à moins d'un miracle bien catholique, je doute de changer votre vision de la vie et votre approche de l'humanité, sachant que vous préférerez toujours ceux qui se remplissent les poches à dire du mal des autres à ceux qui se les vident pour les aimer (les autres). Si vous pouviez vomir vos récents propos, vous auriez l'occasion de faire le voyage inverse à celui qui vous a amené à être si près de votre sortie, et ainsi redonner à votre bouche une place de choix au milieu d'un visage d'humain.
Pablo Robinson (c) 12/2006
09:25 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.05.2006
La lettre à Lucia
Chère Lucia
Ta lettre est sur mon bureau depuis ….. et elle me nargue. Oui, j’ai été surpris de ta décision. Oui, tu imagines que j’avale pas ça comme ça. Moi aussi, j’ai « bourlingué » dans des communautés religieuses et des monastères, en croyant que j’avais « trouvé » …. Mais il fallait à un moment que j’arrête de me mentir et de jouer un rôle, de me croire imprégné de …. Mais de quoi au fond ? Dieu , c’est si facile à dire qu’on l’a trouvé dans le dénuement, dans « les autres », les choses faciles du rapport des hommes et des femmes. Vivre aussi dans cet « écart » de la vie : vie monastique, vie d’ascèse, loin du frottement des autres vies, loin des réalités de la haine, du rejet, de la concurrence, de l’orgueil, de l’amour de soi devant l’amour des autres. Ma confession va te surprendre sans doute, mais elle est le fruit d’une (très) longue méditation, qui m’a fait faire presque le tour du monde, et presque le tour de la vie. Te dire que je l’ai cherché partout, ce Dieu là … oui. Dans les yeux de tous, les grands, les petits, dans tes regards et ton sourire, dans les bras qui s’ouvrent, dans la vie qui grouille aussi bien ici qu'ailleurs . Je l’ai cherché dans le silence du désert, dans la pénombre des forêts vierges des tropiques, au clair de lune au milieu de la mer, sous la pluie battante des automnes de la Brie, dans les bousculades des gares et les attentes d’aéroports. Je l’ai cherché dans les cris de mes enfants au sortir du ventre de leur mère, dans l’amour donné et cherché partout où je le peux, dans la compassion muette ou douloureuse, dans la tendresse donnée et reçue….
Mais je me sens toujours orphelin de ce Dieu là. Je mentirais en disant qu’il m’a parlé un jour, ou que j’ai « senti » sa présence. Ma foi est pauvre, indigeste, elle me rend triste de ce mensonge auquel j’ai cru, auquel j’ai tant donné, sans rien recevoir, pas même le frémissement de quelque chose. Oui, j’ai cherché aussi dans les textes, dans les livres, ceux qui m’ont été enseignés chez moi, et ceux que les autres lisent. J’ai essayé les prières orientales, les traditions du Sud. J’ai cherché dans la physique, les mathématiques, la thermodynamique, la littérature, mais rien n’y fait… pas un bout de témoignage que l’obéissance à l’Eglise porterait comme un baume dans mon âme. Voilà comment j’écris aujourd’hui que « l’homme a inventé l’éternité parce que son intelligence refuse de disparaître », voilà les mots que je prête à Lena Socksann pour dire mes vœux. Lucia, nos sens et notre conscience dirigent plus nos pas qu’une hypothétique présence divine qui ne se manifeste pas vraiment, qui ne dit son nom (hyaveh – je suis) qu’à travers l’unique emprise de sa réalité par le seul imaginaire humain, qui fait graver sa réalité dans la légende orale, elle-même sujette à la littérature « magique », à l’imaginaire merveilleux, au « dessin animé du pseudo divin ». Toute la tendresse et la consolation que tu reçois, ce sont tes sens et aussi ton imaginaire qui donnent à ton cerveau les moyens de les ressentir, comme le bonheur de croire que la vie se « simplifie » dans une communauté où tout le monde s’efforce de croire la même chose…. Il viendra même un moment où tu imagineras que le frottement de ton apprentissage avec la réalité « des autres » sera une « épreuve » , alors que ces « autres » ne sont que le reflet de la réalité humaine. Et Jésus ? son histoire n’est elle pas, à travers la sensibilité de saint Jean, l’expression de ce frottement entre la réalité de notre humanité et notre « espérance » permanente , qui finit par nous tuer, qui finit par manger toute cette attente, jusqu’à douter de la plus forte des convictions, celle du « père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Je n’ai pas plus ou moins de conviction. Je navigue dans mon doute, en cherchant auprès de tous la consolation que je n’aurais pas à chercher si ce Dieu-là était vraiment là, près de moi, s’il me faisait comprendre une fois pour toute sa réalité. Mais ….
Alors je fais comme je peux pour croire à la réalité de cet Amour, dans les faits, chaque jour, avec des gestes refaits par tant d’hommes et de femmes depuis l’aube de notre monde humain : donner avec mes sens, mon intelligence et mon corps à mon âme ce que mon âme attend, et jouir quelquefois de ce qu’un miroir me renvoie un éclat de cet amour qui me brûle parfois, un sourire d’enfant, un geste, un regard, une complicité, un instant qui me fait fermer les yeux en voulant très fort qu’il ne s’arrête jamais, ce moment-là . Mais mon cheminement est sans doute sombre, mes songes me font marcher avec difficulté sur un chemin poussiéreux, et des fois je tends mes mains dans la nuit tropicale, en cherchant comme un aveugle cette réponse qui n’est pas venue, pas encore …
Debout, mais aveugle, et je crie, et des échos de ma voix me reviennent, qui ne portent pas autre chose que ma voix, étouffée et lointaine, alors que le reste de la création vaque à sa destinée, roche contre roche, atomes divaguant au gré des aléas thermiques, feuille poussant après feuille, cellule après cellule, tant que…Faudrait que je vienne faire un tour, comme tu dis. Tu dois être heureuse comme tes mots le disent. Ça te va bien ce bonheur-là. Et s’il ne dure pas, je ne serai pas loin, tu le sais. Et puisque tu t’y consacres, je sais que tu penseras à mes mots, et ta prière me fera comme un baume, et moi je saurai ton espérance…
Robinson
24.01.2002
16:50 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Iles et Tropiques
08.07.2005
Le temps qui reste
Il nous reste quelques années avant le grand basculement
vers un autre avenir il nous reste du temps.
Quelques jours encore pour aimer les oiseaux
courir au fond des bois, dire la vérité.
Quelques heures au surplus pour faire une prière
avec les mains tendues, pardonner à hier
quelques pas de danse pour inviter le monde
à marquer la cadence oublier ce qui compte
Quelques secondes encore et l'année est finie
et la sueur versée emportée dans l'oubli
c'est à la porte c'est le temps de venir
le temps qui nous emporte vers celui à venir
Pablo Robinson © 10.01.1996
20:05 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.07.2005
J'attendrai
J'attendrai quelques jours pour que tu lises cette lettre. Le temps que le temps passe un peu, que les douleurs se referment, que les regards se reposent, que l'imagination se calme, secouée de souvenirs, des temps de tendresse, des temps de joie.
Parce qu'il y a eu d'abord l'appréhension. Pas forcément celle de la mort d'un homme. Mais la mort d'un être humain. La disparition de la vie. Parce qu'au fond, ce que nous pleurons dans ces moments-là, c'est l'absurde de nos vies, la vanité de nos gestes, l'impérieuse nécessité de n'être pas immobiles dans l'Univers, de devoir remplir nos ventres et faire battre nos coeurs, empesés que nous sommes dans les poids pendus de nos reflexes, depuis la nuit des temps. Machines à survivre qui s'arrêtent, machines silencieuses et intelligentes, capables d'aimer et de haïr, de chérir et d'apprivoiser, de construire et de défaire.
Et tu as regardé le corps de cet homme, allongé et immobile. Et alors ont jailli des questions de nos existences, rebelles ou dociles, vivaces ou tranquilles. Ce corps là a remué avant : il a aimé, embrassé, chéri, puni aussi, éduqué, jours après jours il a été un modèle, et je ne l'ai pas toujours écouté, même si je l'entendais, je ne l'ai pas toujours suivi, même s'il me montrait le chemin de sa vie, pour que j'en fasse la mienne. Ce sont ces regrets là qui font réfléchir, et les insouciances de nos vies les ont fait oublier. Rien n'aurait pu être fait autrement, avant. C'est le terme de notre espace qui le veut. Il ne faut pas croire les contes de fées, ni les dessins animés. La vie s'est arrêtée. Elle ne reviendra pas ici, ni dans ce corps que tu pleures.
Au fur et à mesure des veilles, des amis qui passent, des chaleurs des autres qui viennent par petits groupes assouplir vos coeurs raidis par la douleur, se dessine petit à petit une lueur qui fait fuir la solitude béante que fabrique l'absence d'un être cher. Ce n'est pas une forme d'espoir. Une espérance en soi, qui émerge lentement, après des mois de solitude.Pas celle que racontent les livres saints. Des choses se passent dans la tête, à propos de tout cela, et la vision de l'avenir se trace différemment. Bien sûr, il reste des contingences matérielles, ce qu'il faut faire pour entretenir ce qui a été créé ou construit par ceux qui ne sont plus là, soutenir celles et ceux qui ne peuvent comprendre de sens de l'infini, les entourer de l'amour qui a maintenant disparu, de la tendresse qui n'est plus partagée, de la compassion que pouvaient s'offrir deux êtres qui ont partagé leur vie avec les mêmes angoisses et les mêmes plaisirs, et qui n'éxiste plus.
Je voulais t'écrire ces quelques mots, loin des paroles perdues, loin des bruits souvent inutiles et vains des cérémonies officielles. Me cacher pour envoyer quelques prières modestes dans le noir de la nuit, vers une âme inconnue que tu as aimée. Mes mots à moi resteront, je le sais. Ils seront écrits dans ta mémoire, ils te soutiendront, tout le temps que durera ta peine. Et lorsqu'elle sera noyée dans les gouttes de ta sueur, balayée par les soucis quotidiens, quand tu te surprendras à sourire parce que la vie le veut, alors, si tu le souhaites, si les évènements nous mettent côte à côte, tu sauras que derrière mon silence tu trouveras la paix, après tes fatigues et tes combats tu pourras te reposer, avec le calme de la nuit, avec mes mots égrenés dans le silence, dans ma solitude, vers l'inconnu que nous rejoindrons tous.
Tu diras aux tiens ma timidité à me joindre à vous, de peur d'entrer dans une intimité qui n'est que vôtre, où je n'ai pas de place, sinon de loin, pour exercer avec d'autres dans le silence la compassion qu'ils pourraient attendre de l'invisible...
Pablo Robinson (c) 1998
18:55 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







