10.01.2008

Voeux 2008

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Les braises perdaient leur rougeur sous la cendre, tandis que l’aurore naissait, à l’est, au loin. Le vent glacé du Néguev tombait du nord. Je m’étais assoupi, calé contre la pierre séculaire. Le sommeil m’avait absorbé comme une caresse, et je m’étais docilement laissé faire… 

Lena Socksann était là, inconsistante et têtue, elle revenait aux confins de mes songes :

« Tes pieds foulent le sable qui a vu naître le monde, tes yeux embrassent les montagnes où la Parole a été donnée, et tes doigts suivent les lettres tracées par le feu divin, cherchant pas à pas à construire ce que tu as été depuis le Début, et ce que tu seras jusqu’à la Fin. Et tu demandes pourquoi tu es là, et seulement maintenant. Tu sais pourtant les signes des hommes, ces signes différents de ceux donnés, ces codes qui éclairent l’érudit sur sa place universelle.

 Je te donne les clés de cette année: le deux te donnera la double vision du temps, celle de ton passé et celle de ton devenir, confondus en une spirale roulée à six rangs de quatre lettres, toutes différentes. Le premier des zéros te donnera l’occasion de renaître à partir de rien, ou de si peu, le sable de Mitzpé Ramon si tu le veux, le sourire d’un enfant peut être, autant dans ton cœur que dans ton corps. L’autre zéro sera le socle poli par le temps sur lequel tu aimeras de nouveau, après avoir pardonné à ceux qui faisaient ta douleur. Le huit te donnera la notion infinie des dimensions du temps, pour aller chercher infiniment ton passé, pour construire infiniment ton futur, pour donner infiniment l’amour que tu as reçu cette nuit, sous la voûte du ciel, sur cette terre bénie depuis l’aube de la création. 

Au réveil du jour tu marcheras vers l’est, puis vers le nord. Chaque pas que tu feras sera une prière pour ceux que tu aimes, chaque pierre posée ici depuis la nuit des temps te montrera le chemin, et tu iras là où la consistance du temps se confond avec les regards rencontrés, là où tant de femmes et d’hommes ont convergé pour trouver le salut que leur conscience refusait de leur donner.
Déjà tu sens au frémissement de ce nouveau cycle solaire combien ta mémoire creuse les siècles passés, à rechercher les traces que tes ancêtres ont laissé ici, parmi les pierres et les serpents, et si leur long exil à travers les nations a permis d’affiner la pierre d’amour qui orne ton cœur, à la meule de toutes les souffrances que ce monde a produit. Va donc, sur ce chemin sacré, je serai là encore, je serai là toujours. » 

Le soleil s’était levé, il avait passé la barrière de la falaise qui bordait cet œil immense de la terre, ouvert sur l’univers. Les mouflons descendaient vers les sources, leur trot faisait rouler les pierres, l’écho m’en apportait les résonances. Alors je me suis levé, j’ai ramassé mon sac, j’ai pris une datte sèche pour la mâcher en route, et je suis parti pour vous rejoindre ….. 

Mitzpé Ramon, le 31 décembre 2007

Pablo Robinson

 

(photo (c) Pablo Robinson - 12/2007 - lever de soleil dans le désert du Néguev ) 

18.01.2007

voeux 2007

medium_voeux_2007_nu.jpgLe sable mouillé et noir de l’île me gratte les pieds. Un crabe minuscule joue de ses pattes, pendant que je regarde l’horizon, le dos contre l’écorce du cocotier, la main en visière. Je scrute l’éventualité d’un mât au loin, le jet de vapeur d’une baleine, le saut d’un dauphin, une sirène qui viendrait s’échouer peut-être là, juste pour moi. Lena* me trotte dans la tête sans me lâcher, avec ce mot là, JUSTE .. Et quand je me suis assoupi, lassé de faire la sentinelle, elle me dit dans mon rêve :

« ils construiront un monde de justesse et de justice, de sagesse et de sérénité... tu te souviens ? »  Oui, je me rappelle. Mais la justesse et la justice, hein, c’est pas marrant. La justesse des gestes et celle des mots, c’est si difficile, on est si peu sûr d’avoir le tact qu’il faut pour tenter la vérité sans blesser, pour convaincre sans ordonner,  pour servir sans obliger. Quant à la justice !  Les évènements de l’année reviennent à ma mémoire, si plein de troubles, si plein de peine…

« Etre juste, c’est mettre devant soi ce qu’on est, le poser devant l’autre, et mettre entre les deux des points de droit, des équilibres, pour que rien ne penche, pour que rien ne chute, de soi ou de l’autre. La justesse procède de ce fil qui relie le monde de chacun au monde des autres. Juste tu es si tu acceptes autant que ce que tu donnes, sans croire que l’offrande fait de toi un vassal. Juste tu es si tu retiens la haine jusqu’à comprendre les gestes de l’autre,  si tu gardes dans le silence les plaintes de ton cœur malgré l’injustice, si tu tais tes convictions de juge, si tu recherches avec d’autres la vérité des faits, le sens de leur cause, et finalement si tu rends aux victimes leur droit à la justice.

Recueillir celui qui est abandonné, défendre celui qui frappe à ta porte et que d’autres ont chassé, protéger le droit à vivre , le droit au rire, combattre  l’indifférence, la tête haute avec la fierté d’être humain, d’être solidaire : cette justesse là te donne la force d’aimer.

Retiens le regard de celle qui te cherche dans la foule, car elle a vu dans tes yeux ce qui pourrait  apporter le contrepoids de son malheur, comme tu compenses par  tes regrets les fautes qui pèsent sur ton coeur. Ainsi tu comprends : tout acte dans l’univers participe de l’équilibre de chaque chose, pour que tout soit juste, de cette justice de vie, de cette justesse des hommes, en harmonie autour de toi… C’est cela que je te souhaite, jusqu’à mon prochain retour… »

 

Pablo Robinson

30.01.2006

Voeux 2005: des suites de l'amour

Léna Socksann* revint en songe une nuit de décembre.

 

« De mon univers du Grand Rien, d’où  seule ma pensée peut se transmettre, j’envie vos mains qui caressent, vos lèvres qui embrassent, vos cœurs qui battent et se serrent pour l’amour d’un autre, vos gorges qui rient, vos yeux qui pleurent. J’envie vos élans de tendresse ou de désespoir, vos pas qui crissent dans la neige ou dans le sable du désert, vos bras qui serrent et étreignent d’amour, vos ébats pour créer la vie, vos regards de joie ou d’inquiétude. De loin je sens de vous les forces dont vous ne savez pas l’importance et qui vous font maîtres de l’univers.

 

 De tous les fardeaux que portent les hommes, l’amour n’est pas le plus lourd. Il crée les liens, organise les réparations de la douleur et de la souffrance. Il fait naître des enfants, assez faibles et petits pour provoquer la création des sceaux de la compassion entre les humains. Et ils y puisent leur propre force de survie. Tu verras dans les temps à venir des mains s’ouvrir tout autour de ta planète, par compassion et solidarité pour ceux qui souffrent et crient dans le silence. Et ceux qui croient être les maîtres du monde en vivant pour leur ventre verront leurs stratégies réduites par les plus petits et les plus faibles. Rien ne peut arrêter ce qui a été et sera toujours l’essence de votre humanité.

 

Les grands s’inquiètent des évènements qui troublent la quiétude planétaire, mais ils oublient les enfants qui les regardent ; ils ont en eux l’innocence et l’amour. Ton monde en compte six cent dix sept millions, qui ont moins de 7 ans, et ils savent choisir entre ceux qui les aiment et les autres.

 

Moi je ne suis rien, une entité oubliée et nomade dans l’éternité ; si tu savais comme je rêve de bercer l’un de ces petits dans mes bras imaginaires, comme je voudrais arrêter le temps à ce moment de bonheur, compter mon cœur battre contre le sien, tenir mon souffle comme il respire, reconnaître dans ses yeux le reflet de moi-même, lui transmettre enfin tous mes rêves et toute mon espérance.

 

Et de cet amour construire un univers vivant ; bâtir des maisons, ébaucher des voies, enchaîner les existences les unes aux autres, et enfin donner un sens à la vie. Dans ton sommeil, tu sentiras la Voie Nouvelle qui réveille les sens et donne la parfaite cohérence entre tous les évènements qui entourent la vie et les êtres humains. De toutes les actions des hommes ne peut naître que l’amour.

 

Sois fier de cette force qui rassemble ce qui est disséminé, qui rapproche ce qui est lointain, et qui, finalement intègre les vrais arguments de la vie au sein de la communauté des hommes.

 

Protège par ton courage ceux que la nature met sur ta route et pour lesquels tu ressens le besoin de compassion, sans taire le cri qui est en toi, sans remord de tes gestes pour l’autre.

 

Porte au devant de toi cette promesse de solidarité. Elle ne donnera pas l’éternité à ton corps, mais pour le temps que la vie te donne, elle te fera porter tes efforts en instants de bonheur, en plénitude de tes actes, en assemblée de gestes communs, solidaires, durables.

 

Une espérance naît, là, pendant que tu dors, qui appelle désespérément à changer la direction des pas des hommes, à les conduire non vers eux-mêmes, mais vers les autres…

 

Six cent millions d’enfants attendent ton sourire, un peu de temps que tu leur donneras, et surtout l’amour que tu portes en toi…. 

 

S’ils attendent des vœux, alors dis leur cela…»

 
 

Avec les meilleurs vœux de  Robinson

 

* retrouvez les voeux de Léna Socksann sur www.robinsondesiles.com

22.01.2006

Voeux 2006: Trace les chemins

C'était un petit matin de Bretagne. Je marchais dans les pâtures gelées, laissant sous mes pas une trace verte, à la recherche de rien, sorti juste au soleil levé pour une admiration de l'azur naissant, un goûter d'air de lever du jour, avec le piquant du gel dans le nez, et les frissons de pas glacés dans les jambes. Lena Socksann (*) me disait en marchant:

"- tu vois Robinson, les pas que tu fais ont mis une trace qui n'était pas là avant. Et tu marches encore sur des traces à venir. Tu ne connais pas là où ton pied se pose."

Des fois, Lena, je la trouve d'un banal, mais là, c'était pire que tout.

"- ne médis pas de moi, Robinson. Tu es le seul à qui je parle, c'est un privilège que je te donne, alors sois attentif !"

Dans ces cas-là, vaut mieux me taire, donc....

"- Vous autres humains, vous considérez vos pas comme des continuités naturelles. Elles ne le sont pas. Déplacer vos corps procède d'une gestion du déséquilibre, et vous n'en n'êtes même pas conscients. Pourtant, chaque pas que vous faites vous déplace dans l'espace et le temps, et trace des futurs dont vous n'avez pas la mesure. Vous pourriez pour chaque pas que vous faites tracer des chemins nouveaux, établir des ponts et de point en point aller ainsi vers un futur plus cohérent avec vos rêves..."

Bon, et après, Lena ? on est 6 milliards à marcher tous les jours, 6 milliards à avoir des rêves et à croire qu'avec nos pas, ils vont se réaliser. Même nos gestes les plus infimes participent à cet espérance. Qu'est ce qui est nouveau dans le songe d'aujourd'hui ?

"- Rien de plus, sinon que si toi tu en prends conscience, d'autres ne le font pas et ne remplissent pas leur vie de cette force là. Il te faut leur dire, les éveiller à la réalité des gestes de chaque jour, qu'ils sachent que rien ne vient du linéaire, mais que tout se fait dans le désordre des pas nés de déséquilibres, de chutes, et d'abandons de situations que l'on peut avoir aimées. Tes nouveaux pas de cette année seront des pas comptés à la mesure de ce que tu aimes, des pas lancés vers ceux qui marchent vers toi, des pas de rencontres. Et de tes pas viendront des traces que d'autres suivront, en sorte que tes pas seront demain des pistes connues. Et si la piste est faite avec des pas lourds, car lourds ont été les déséquilibres qui en ont été matrices, alors les pistes seront profondes. Elles deviendront des chemins. Et si les poids qui ont creusé tes pas sont pétris de la pâte de l'Amour, avec des accents de respect et de Foi, alors tes chemins seront empruntés pour aller vers le bonheur, et toi tu seras heureux de les avoir tracés."

Léna, tu es gentille. Mais moi je ne suis rien, à peine une trace, tu le sais bien !

"- oui, sans doute tu n'es rien. Mais les traces que tu laisses peuvent être infinies et reconnues. Et tu leur diras comme un conte, une forme de voeux, afin que eux aussi sachent que leurs traces deviennent aussi des chemins d'amour, des formes de construction d'énergie dans le Grand Rien, et sur ces chemins ils construiront un monde de justesse et de justice, de sagesse et de sérénité..."

 

(*) Retrouvez Lena Socksann dans les Voeux (www.robinsondesiles.com )

(c) Pablo Robinson-01/2006- Voeux pour un Amour