13.07.2005

Quatrième conte de la Nuit des Temps


Caïn s’enfuyait par l’Est du Monde,
laissant à sa bouche un goût de colère.
Il niait ses parents son troupeau et son trouble
de ne plus chanter les alexandrins.
Il cassera le rythme de sa prière
de ses derniers mots au créateur offerts
sans un cri d’injustice, sans un souffle d’espoir.

Vas, Caïn, vas vers l’Est, tu justifieras
la guerre dernière, celle des générations
qui n’auront plus de famille à leur bras
celles qui perdront leur religion.
Et l’Amour du prochain,
et l’Amour de demain.

Caïn trouva des femmes qui ne sont pas citées.
Dans le Livre du Sage elles ne sont pas créées.
Il construisait des villes vides d’ habitants
La terre était neuve il y avait le temps
De mettre au monde le Monde de ce temps et de l’autre
Et de faire au surplus descendance d’apôtres.

Adam pendant ce temps eut oublié ses fils
Fit d’Amour d’Eve une nouvelle naissance,
Et Seth, nouvel aîné acquit de descendance
Sans le regard du frère jaloux de connaissance
vint au monde plus sage pour régner en puissant
Sur la destinée que Dieu leur a permise.

Sur ce seuil du Monde, base de la Vie,
Le Sage qui parlait jamais ne l’a dit
Il n’a pas dit les filles qui pleuraient leurs amants
Ils n’étaient pas inscrits au Livre de la Vie,
Il n’a pas chanté non plus les fils d’Adam
Qui refusaient aussi de partager leur vie
Avec les autres enfants nés du même lit.

Le Sage a menti, il a cassé la Trame,
Et depuis ces jours-là quand les temps sont maudits
Les enfants d’Adam, les fils et les filles,
Lancent l’inceste au coeur comme un interdit
Jetant sur leur Aïeule l’anathème permis
L’homme est venu d’Adam, mais d’où est venu la femme...

Autres peuples du Monde, oubliés asservis
à la puissante gloire du couple spirituel,
vous qui avez donné vos fils et vos filles
Pour que l’Humanité s’éveille et qu’elle dise
à quels parents lointains elle devait son salut
Criez aujourd’hui vos mots et vos prières

Dites au monde entier que vous étiez là,
Tapis dans la nuit au silence de la Loi
Que le créateur avait mise pour Eve
Dites leur que sans vous ils n’existeraient pas
Ceux qui aujourd’hui nient, vous et votre foi
Orphelins du Livre, élevez votre voix.

Pablo Robinson © janvier 1996 conte 4

12.07.2005

Troisième conte de la nuit des temps

Eve ne comprenait pas cet esprit vivant qui était sorti
de son corps douloureux nécessaire et maudit.
Cet être remuant qui cherchait quelque chose,
Reniflant sur son corps la trace de son sein,
la perle de son lait qui coulait à présent.

Eve, ma pauvre Eve, qui n’eus pas de mère
Pour tendre le bras et montrer le chemin,
Tu chéris ton enfant, n’osant couper le lien
Que la chair a tissé liant son corps au tien,
Et c’est Adam comme un acte d’Amour
Qui trancha le cordon et souffla sur l’enfant.

Débattus ensemble dans la Nuit des temps,
Cherchant le sommeil, ou la pluie ou le vent,
ou le repos encore quand l’enfant s’endormait
Un soupir de plus quand les yeux se fermaient
Premiers parents inquiets du demain qui venait
Du cri des bêtes, de la nuit et du soleil ardent.

Quelques lunes encore et Caïn a grandi,
Au sein de sa mère la source s’est tarie,
Son père a présent dompte la nature
Et donne à ce fils la leçon de culture
Et d’Amour et de nuits Eve a reparu
Plus ronde et plus forte pour un autre petit.

Abel arriva deuxième homme de la terre
né d’une mère et de l’Amour d’un père
avec pour témoin un autre être humain.
Eve sut cette fois lui donner de son sein
et l’autre était jaloux de cette connaissance
Qu’Abel profitât du fruit de sa naissance.

Ils n’avaient jamais vu l’Esprit du Créateur
et sans paroles leur mère leur avait dit
qu’en espoir ils avaient tous promis
de vénérer le Maître par l’offrande servie.
Caïn coupait des fruits et ramassait des fleurs
Et Abel amenait ses meilleurs agneaux.

Mais l’insidieux, ou le Créateur,
donnèrent en esprit au benjamin nouveau
La préférence de bénir son offrande,
laissant Caïn et ses gerbes et ses pleurs
En forme ainsi d’une première haine
Pour demain séparer les humains.

Nul se sait si Caïn a bien fait
par le meurtre d’Abel de pousser le destin
Hâtant son retour vers le vent du Grand Rien,
Vers la route du temps, ou le temps n’est plus rien,
Vers le bonheur perdu et retrouvé enfin,
Et Eve et Adam, qui ne comprenait plus
Ce que Faisait le Monde et Celui qui le fait.
Ce corps d’enfant meurtri qui ne bouge plus
Cet Esprit échappé, évadé et serein.

Pablo Robinson © janvier 1996

11.07.2005

Deuxième conte de la nuit des temps


Quand l’esprit d’Amour lié de deux êtres qui s’aiment
sort du Grand Rien alors qu’ils n’ont rien fait d’autre que de douter
que de sentir le bonheur si merveilleux qu’il en devient fragile
si tendre qu’il fait peur du réveil.
c’est de l’injustice.

Paternité et maternité d’Amour de l’humanité
nés de la conscience, nés du secret du savoir,
nés du Grand Rien du Créateur qui sait qu’il ne sait pas
la limite mathématique de l’instant qui est.
Maître du temps qui tient le chronomètre,
prêt à appuyer quand la conscience naîtra,
Quand Eve et Adam sauront qu’ils sauront.

Eve de son doute a tiré Adam du Grand Rien
Mais ils sont encore Esprits dans la nuée du monde
Errants enlacés sans yeux et sans voix
Amants invisibles d’un invisible Amour
qu’aucun ne verra mais qu’ils m’ont raconté
Plus tard, dans une autre vie, un autre été.
Eve et Adam ont cherché le repos,
La fin du rêve, la fin de l’absolu.

Puis la Création, les plantes, les animaux
Cette sale histoire de terre, de côte, de femme,
cet homme qui n’était pas, on ne savait trop.
Qui a dit cela, jamais on ne saura.
Eve est tombée dans la conscience des hommes
Adam s’est résigné à se tenir nu et debout,
Lui qui était, sans sommeil et sans vie,
Eternité sans temps, sans nom, sans cris.
Planète bleue, nuages, pluies, terre jaune et sel.
Eve ouvre ses yeux, elle pleure, elle gémit.
Adam est là, nu, au soleil,
il a conscience maintenant qu’il vit

Ils ont traîné, de leurs membres nouveaux, de la plage à la glèbe,
irrités tout à coup de la faim qui naissait,
grattant malhabiles la terre de leurs ongles
à chercher la provende avec la peur au ventre,
surpris d’oublier qu’ils étaient faits d’Amour,
Et pas de terre et d’eau et de viscères.
Oubliés le Créateur et l’insidieux, l’entité et le destin,
Eve et Adam ne gardent que l’Amour et l’instant.
Et c’est de leurs membres débiles qu’ils célèbrent ce temps.

Les soleils ont passé, nombreux et embrasés,
Eve est ronde et Adam réfléchit.
Ils sont seuls et n’ont jamais parlé,
Gardant de l’Invisible la trace de l’Amour.
Puis un jour Eve crie, se débat, se rebiffe,
Son corps s’ouvre, s’écarte et se plie,
Et un cri jaillit qu’ils n’avaient entendu
Amour visible de l’invisible perdu,
l’enfant est là, Caïn de l’Humanité,
Inventeur de la Parole et du Testament,
Premier né pour les autres à venir.

Pablo Robinson © janvier 1996

05.07.2005

Premier conte de la nuit des temps

Eve regardait Adam.
Pas comme si vous me regardiez.
Elle voyait Adam comme je vous imagine.
C’est à dire comme je ne vous vois pas.
Avec les yeux du dedans.
Avec les yeux du rêve.
Avec les yeux de l’Amour.

Elle voyait Adam invisible, mais elle le voyait vraiment.
Tellement qu’elle ne pouvait détacher son regard du dedans,
Tellement qu’elle ne voyait rien d’autre.
Enfin, c’est ce que croyait le Créateur.
L’insidieux était entré dans son rêve,
et la faisait douter.

Elle n’avait pas mangé de pomme.
Les pommes n’existaient pas.
Elle n’avait pas parlé au serpent.
Les serpents n’existaient pas.
Et en plus la parole n’existait pas non plus.
Elle était Amour d’Adam, elle était en lui.
Et Adam, lui , il dormait.

En fait il ne dormait pas, il était.
Comme çà, cela arrive, pour les créatures
faites par le créateur qui a tout créé en rêve.
C’était avant l’éclatement de l’univers.
Avant la poursuite de l’Histoire après l’histoire.
Parce que la lumière allait plus vite que le souvenir,
Et le souvenir venait de la vision.

La vision de l’Invisible qui ne se voit pas,
Comme Eve qui regardait Adam,
Et qui doutait à cause de l’insidieux
Eve se demandait si elle rêvait.
Elle doutait si fort qu’elle réveilla Adam.
« Adam, est-ce que je rêve ? »
Pensait- elle en Adam. Mais Adam ne répondait pas.
Il était.

Alors elle tourna sa pensée vers le Créateur.
Eve, qui n’était que pensée, et qui doutait !
Le Créateur, qui a de la chance,
Parce qu’il est encore Esprit,
Lui demanda si elle doutait à cause de l’insidieux.
Eve ne savait pas, elle était pensée.
Alors le Créateur lui dit: « vois! »

Eve vit Adam qui était, mais qui ne faisait rien,
Elle vit le grand Rien du regard d’Adam,
plongé dans l’invisible d’où elle venait.
Eve ne voulait pas être sans Adam
Et le Créateur le sut.
Alors il dit à Adam: « vois! »
Adam et Eve sortirent du grand Rien
Qui n’est que bonheur
Chasse gardée du Créateur.

Pablo Robinson © janvier 1996