22.03.2009
La lettre pour Edith
J’imaginais au cours d’un voyage que tu aurais pu fouler la poussière de ces chemins rendus roses par la pierre si particulière de Jérusalem. Je fermais les yeux quand je me reposais sous les figuiers du sentier. J’imaginais te voir, petite fille, marcher avec les autres enfants du kibboutz au croisement des ombres des arbres, avec une petite robe et des sandales de cuir blanc, tenant dans ta main des fleurs cueillies au bord des champs, entre les pierres, guidés par ces jeunes filles au visage bronzé.
L’autre jour, les photos passées qui posent le regard dans ton séjour avaient attiré mon attention. J’y avais rencontré les traces de ton histoire, avant que tes confidences étreignent ma mémoire, avant que s’épanchent tes mots pour me dire ce qui avait fait ta vie, et comment les éclats du temps avaient bouleversé ton monde, ton histoire, celle de tous, finalement.
Tu aurais pu être cette petite fille, il y a soixante ans, qui allait avec les autres enfants porter quelques fleurs à Ben Gourion, au moment où les Rescapés allaient fêter la création du Pays, le havre attendu depuis deux mille ans. Tu ne le savais pas. Tu avais appris à suivre des chemins détournés, tu avais obéi avec confusion aux injonctions qui disaient que nulle part il ne pourrait y avoir une place, ta place, sinon par des jeux de ruse, par les truchements de compromissions qu’il ne fallait pas chercher à comprendre, moins encore à dominer. Tu avais construit ta vie comme des sauts entre des trains en marche, attrapant ici et là des occasions de mieux être, profitant de visions infimes d’un avenir meilleur. On regarde toujours le monde par le bout de sa vie, et il n’est pas donné souvent d’avoir des indices forts pour donner d’autres choix, sinon de rencontrer ceux qui nous bouleversent et nous ouvrent des yeux que nous gardions fermés. Nous avons peur parfois de la lumière, comme nous croyons avoir peur des ombres.
Tes pas de petite fille n’ont pas foulé la poussière millénaire des kibboutz. Ils ont suivi la boue des chemins des campagnes de France. Ils ont martelé le plancher des trains à vapeur. Ils ont glissé sur les parquets cirés des écoles de filles. Et toi tu n’imaginais même pas que ta place aurait pu être ailleurs, autrement, jusqu’au jour où tu as retrouvé au fond d’une boite de couture le morceau de feutre jaune taillé en étoile, avec le mot « juif » brodé en travers.
Alors le monde a changé. Les rideaux opaques de l’Histoire sont tombés, et une autre lumière est entrée dans ton coeur. Plus forte, plus douloureuse, plus vraie. Et depuis ce jour-là, le bleu du ciel n’a plus jamais été le même. Ton univers a pris corps, les montagnes que tu voyais sont devenues des tours, les chants devenaient des cris d’amour ou de victoire, et tout ce que tu as fait depuis s’est calé comme une pièce exacte dans un montage immense dont tu ignores le sens mais que tu sens devoir faire plus que tout…
A ce point du chemin, soixante ans après, on se demande toujours pourquoi on est là et pas ailleurs. On se prend à croire qu’on aurait pu être cette petite fille qui tendait les fleurs au grand homme. Tu aurais pu être la même femme, soixante ans plus tard, habitant à Beersheba, et tu te prends à imaginer un croisement de vie différent et impossible. Il n’y aurait rien eu d’absurde à y croire. Cela aurait tenu à si peu ! le regard d’un policier, un tampon d’encre noire effacé d’une carte d’identité, une étoile jaune cachée, des solidarités différentes, un train manqué, peut être. Mais tout aurait été aussi si difficile à changer ! le monde était comme il était. Moi je n’existait même pas, et toi tu étais si petite. Et rien ne pouvait rien mouvoir de ces carcans qui se dressaient contre les hommes et les femmes, de ces carcans qui ont forgé ce que nous sommes aujourd’hui. On se dit aussi que nos destins sont si ténus, qu’ils tiennent à si peu de choses, que notre obéissance à cet Inconnu est finalement bien grande, malgré nous, puisque nous ne sommes pas si certains d’être capables de revendiquer autant de liberté.
Je n’ai pas retrouvé les fleurs du bouquet que cette petite fille aurait tenues. J’aurais voulu te les offrir pour cet anniversaire si particulier. J’aurais voulu télescoper quelques instants les univers du possible et ceux de nos rêves, mettre à la place la bienveillance que nous devons à nos âmes.
Bon anniversaire, Edith.
18:36 Publié dans Lettres | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : étoile jaune, juif, voyage, jérusalem, anniversaire, fille, shoah, israel
04.03.2009
vomir
On croit réver ! l'homme de l'ombre, celui qui tire les ficelles derrière le rideau du collectif se détache de son camouflage à la lumière de la réprobation légitime... Le fossoyeur "innocent" des entreprises martiniquaises estime que "la victoire viendra de la détermination des travailleurs et travailleuses de Guadeloupe et de Martinique. C'est notre principal et essentiel atout! " Quel atout ? 15000 chomeurs en plus ? 5000 commerces perdus ? 1500 professions libérales qui jetteront l'éponge et iront rejoindre "le français moyen dans sa chaumière". Demain, le peuple martiniquais sera encore plus pauvre, encore plus dépendant, encore plus consommateur, encore plus pleutre, parce que ceux qui ont pris le pouvoir de la rue ne sont pas ceux qui ont été élus, parce que ceux qui raptent les entreprises, les salariés, les outils de travail et l'espace martiniquais ne sont pas ceux qui les payent, mais ceux qui sont hors du jeu, fonctionnaires hypocrites, profiteurs privilégiés et escrocs d'un système dont la faiblesse du pouvoir leur donne l'apparence d'une pseudo liberté qu'ils n'assument même pas en prenant la responsabilité publique de "leur" quête. Ils ne signent même pas les accords qu'ils ont éxigés "au nom du peuple" !
Combien de Besancenot, de Pagot, de Joachin-arnaud, de Bové et consorts mettront la main dans leur portefeuille pour nourrir ceux qui n'auront plus d'emploi demain ? A U C U N ..... Comme aucun d'eux ne construit quoi que ce soit, ni entreprise, ni association, ni groupement d'artisans, ni groupement d'agriculteurs, tous porteur de travail, de production locale et d'indépendance économique et sociale. Ce sont des DESTRUCTEURS et l'efficacité de leur rôle politique n'a RIEN apporté au peuple martiniquais depuis 40 ans, sinon d'avoir renforcé l'emprise des puissants et la soumission des plus faibles, comme on ne peut en faire que le constat aujourd'hui...
Je croyais retrouver un parfum de fleurs de café au lendemain d'une nouvelle fraternité, je croyais que le collectif se serait attaqué aux VRAIS problèmes sociaux, je croyais qu'ils auraient séquestré les VRAIS responsables, le représentant de l'ETAT qui se comporte comme un gouverneur aux ordres d'une politique d'abandon, tout en suçant les taxes à tous les niveaux de la chaîne captive des marchés de consommation auxquels nous sommes condamnés, le patron de la CGM qui ment et se rend complice des vieilles pratiques coloniales de marché captif, les exportateurs de l'europe qui demain se frotteront les mains de la manne des 200 euros "gagnés par la lutte", soit 16 millions CHAQUE MOIS de consommation captive déguisée en "pouvoir d'achat", les importateurs qui augmenteront encore plus leur mainmise sur la distribution locale, les collectivités locales qui récupéreront bien vite les picaillons donnés en aumone....
Je sentirai demain l'odeur des vomissures débilées par les convulsions de rage d'un peuple une fois encore grugé par les bonimenteurs, une fois encore appâté par une fièvre de l'or, mais qui sera anéanti par toutes les conséquence de cette "grande victoire": perte d'allocations familiales, perte d'allocation logement, paiement de l'impot sur le revenu, perte des aides socales, mais aussi : augmentation des prix locaux, perte des emplois, disparition des services et des petits commerces ....
Il manque au tableau de chasse du collectif de ne pas avoir encore réussi à condamner les lâches travailleurs qui refusent de partager leurs primes de vie chère, leurs 25%, leurs 40%, avec ceux dont ils défendent la cause d'être des pauvres et des excommuniés de la grande messe de la consommation. S'il devait rester un espoir, serait-il celui-là ?
J'ai peur d'avoir encore envie de vomir .....
12:52 Publié dans Chroniques humaines | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, martinique, grève, manipulation, espoir, combat, vomir, fleur de café, peuple, etat
25.01.2009
tourne-t-elle vraiment ?
Je voudrais garder une fenêtre ouverte sur le monde, une fenêtre propre, où je pourrais sentir de vrais parfums, voir de vraies images, entendre de vraies mélodies. Mais depuis quelques temps, je sens bien que ce qui me vient du monde ne sonne pas juste. Dans ma forêt tropicale, la fleur sauvage de l’orchidée qui ne pousse que dans ma forêt, qui est petite et chétive, cette fleur qui n’est rien d’autre que ce qu’elle est, cette fleur là ne ment pas. Je pourrais la disséquer sous l’objectif de mon microscope, lui faire passer tous les tests du monde, elle serait encore fleur, orchidée, tropicale.
Mais ailleurs, là où l’on fait passer une punition comme étant une défense, là où l’on fait passer la violence pour être un droit, là où les enfants sont soldats avant d’être enfants, là où tout est servi aux sens des autres comme un immense jeu de trompe-l’œil, là où rien en peut être accepté comme vrai, à un tel point que même ce qui est vrai devient douteux, il ne me reste que deux voies, dont je dirais qu’elles deviennent inutiles l’une comme l’autre, car mes lecteurs, comme tant d’autres, auront été dupés comme moi par les multiples facettes de ce jeu de miroirs mortels, à un tel point que même le secours du manichéisme le plus primaire ne les aiderait pas à y voir une vérité. Et par conséquent, tout ce que je pourrais apporter à leur compréhension pourrait être retenu non pas contre les faits, mais contre la perception que j’apporte de ces faits, et finalement me jetterait inexorablement dans un camp ou dans l’autre, étant entendu que les perceptions premières sont souvent acquises comme étant les plus justes, dans le sens de l’adéquation entre l’expérience acquise et les éléments perçus. Or, l’enquête, la recherche, l’expérience, l’étude nous enseignent justement que nous sommes abusés par nous-mêmes, et il devient alors difficile de concevoir une « vérité » en dehors de la recherche de ce qui constitue l’irréfutabilité de preuves.
La première voie consisterait, comme l’ont enseigné quelques sages, à fermer mes sens, ma logique, à faire taire mon intelligence, et finalement à tourner le dos à toute sollicitation qui voudrait que je cherche à comprendre -éventuellement à accepter- l’inacceptable, peut être pour ensuite excuser l’inexcusable. L’autruche. Le dos rond. L’indifférence.
La seconde voie consisterait au contraire à entrer dans cette danse macabre de la guerre, résultante abjecte des choix les plus radicaux, à soulever les cadavres empuantis de leur décomposition, à remonter le temps jusqu’à la racine de l’instant qui a produit ces conséquences monstrueuses. Une enquête. Une expertise. Une passion.
Alors, j’y suis allé de la seconde, avec la tentation de ne prendre parti pour rien, rien d’autre que rechercher les points saillants de l’Histoire, afin que, outre mes yeux, mes doigts puissent toucher ces pointes pour me guider en aveugle, si parfois il m’arrivait de perdre le fil de ce labyrinthe mortel, dans lequel la seule clarté qui vient éclairer les sens est celle de comprendre les liens qui se rapportent aux faits, aux actes, et aux idées qui les ont organisés.
Il serait assez simple d’en faire un schéma rapide, un mémo transcriptible en quelques feuillets, avec des termes clairs, étaler des récits simples, avec des mots précis. Mais si Cassandre n’était pas écoutée sur ses prophéties, qui sera écouté sur l’explication des causes du mal qui ravage ceux qui aujourd’hui ont fait vœu de violence ?
Non pas que j’ai tenté de me taire, ou de ne pas réconcilier les recherches que d’autres ont fait bien avant moi. Mais ceux qui étaient susceptibles d’entendre ne l’ont pas écouté, ceux qui étaient capables de le comprendre n’ont pas voulu l’admettre, et finalement, à part ma conviction et mes mots, il ne reste rien. Rien que ma forêt qui continue de pousser, avec ses lianes urticantes qui étouffent les arbres, ses orchidées si humbles qui profitent du soleil pour fleurir. Si. Cette phrase de Galilée à la fin de sa vie : « et pourtant elle tourne ».
17:07 Publié dans Chroniques humaines | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gaza, israel, guerre, galilée, fleur, soldat, enfant








