27.10.2007
De ces mots donnés en pâture à l'ours Bloggo

Et comme une femme somptueuse, l'auteur ne dira plus rien que des mots d'amour, égrenés rarement. Comme la princesse aperçue, elle ne se montrera au jardin que lorsque le brouillard jouera avec le soleil. Comme le roi déguisé en mendiant, elle ne consultera les auspices que la veille de la guerre.
Et comme tu disais en d'autre temps, sans le duende, sans la tripe contenue sous la langue, sans le lâcher de soi, et donc de vérité, point d'art, point de vie.
N'est pas dangereuse la parole donnée avec amour. Les méchants ont feront dérision, les affamés une nourriture, les persécutés une espérance.
Pablo
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14.10.2007
Le paradoxe de Samarie
09:36 Publié dans les chiens de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.04.2007
sécurité
-a- les auteurs d'actes malveillants ou d'actes issus d'une situation de délinquance n'ont pas de considération "sociale" de leurs actes: ils violent, ils tuent, ils volent, ils détruisent, ils enlèvent, ils menacent sans autre considération que leur propre égo, leur propre skyzophrénie, leur propre haine. Il n'y a ni amour ni considération de l'autre. Ils ne le font pas pour sauver unsystème ou pour défendre un parti. Ils sont souvent prisonniers eux-mêmes de leur propre environnement délinquant, et rares sont ceux qui "aiment" ce qu'ils font. Et ceux qui aiment de tels actes sont des malades mentaux. la nature humaine n'est pas faite pour se détruire.
-b- ceux qui ont pour tâche de veiller à la préservation des biens et des personnes ont pour la plupart un positionnement et une considération sociale opposée: ils sauvent, ils protègent, ils surveillent, ils appréhendent, ils interrogent avec - je le répète pour la plupart d'entre eux - le sentiment de servir la communauté urbaine ou rurale dans laquelle ils sont, souvent avec un sens poussé du service public, avec l'interrogation permanente de se demander si ce qu'ils font est bien conforme à ce qu'il faut faire. Ils aiment profondément leur métier.
Or, pour assurer la mission des seconds, il est nécessaire de réagir avec les instincts des premiers, oublier comme eux que la socialisation des hommes est à la base de la société, laisser de coté les considérations juridiques, judiciaires, morales, pour aller à l'essentiel, qui est de faire en sorte qu'ils cessent de violer, de tuer, de détruire, d'enlever, de menacer. Cela ne peut se faire sans douleur, sans interrogation morale, car il faut accepter de comprendre que leur rôle n'est pas de changer le monde, mais de l'apaiser. L'on pourrait appeler cela "aller à l'essentiel". Ceux qui ont eu à souffrir dans leur chair et dans leurs biens des actes de la délinquance le comprendront assez facilement. Ceux qui n'ont été ni victimes, ni témoins ne peuvent que le dénoncer, en se basant sur leur concept de la morale, en confondant sans doute la victime et le bourreau.
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30.12.2006
la mort du tyran
Je pensais à Jamillah (voir les LCE, Jamillah) ce matin, à ses yeux verts restés magnifiques dans ma mémoire. En écoutant la radio et les infos qui annoncent l'éxécution de Saddam Hussein, me reviennent les images des Kurdes de Haj Humran ou de Salahaddin, les bergers de Swara Tuka et leurs flûtes doubles en roseau, collées avec du bitume ramassé sur les lèvres des champs de pétrole de Kirkouk, les femmes aux habits colorés qui ramenaient le bois mort récolté le long de la rivière. Je me dis que la plupart d'entre eux ont disparu maintenant, gazés par les bombes chimiques de Saddam, et que je suis peut être le seul à conserver des images en souvenir de ces pauvres gens. Ce qui est définitivement absurde dans la mort, c'est d'y perdre les bonheurs qu'on a perçu dans la vie, notre incapacité à retenir cette énergie fugace qui domine toutes nos volontés et qui fait de nos souvenirs des endroits de regrets, des points de résilience ou des cordes de nostalgie auxquelles on s'attache parfois pour ne pas sombrer...
Il est deux heures du matin à Bagdad, et celui qui fut un monstre redevient un enfant et se surprend à croire aux fées, au père noel, à la grâce divine, à Mickey et aux personnages de Wald Disney. Il se passe fréquemment la main sur le cou, et ses doigts ne rencontrent que sa peau rapeuse et mal rasée. Quelquefois il pleure en silence, en se demandant comment il en est arrivé là. Encore quelques heures, et dans un brouillard de somnolence, de faiblesse et de fatalité, il sortira au petit matin dans la cour de la prison, montera hébété sur les marches de bois, d'un bois frais cloué à la hâte pendant la nuit, sans que personne ne puisse être là, sinon des bourreaux anonymes, des caméras braquées avec leur petite lumières rouges allumées. Un imam dira une prière, puis le sol se dérobera d'un coup, comme une balle traverse la nuque, comme un poison entre dans les poumons, comme une bombe éclate, comme tous ceux dont il a pris la vie, avec violence ou avec patience, tous ceux qui l'attendent dans le grand rien, il s'étirera jusqu'à la brisure de son cou, jusqu'au tremblement ultime, et nous regarderons en silence l'homme mourir et le tyran disparaître, en silence encore après la mort, recueillis non pas au souvenir de sa vie, mais à celle de ceux dont il aura été le destructeur, l'oméga sans but, les poings fermés dans les poches, avec une grande douleur dans le coeur, pour tourner une page douloureuse d'un livre qui n'est pas fini...
(c) Pablo Robinson-12/2006
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09.12.2006
D comme dépression
Il en est mon frère de la dépression comme d’un long voyage. Marcher sans arrêt, un pas après l’autre, pendant des années, suivre des routes qui ne sont pas nôtres, des chemins de traverse obligés, longtemps suivis par des temps concentrés, des temps d’amour et des temps de haine, des chemins de nuages, où la terre est sentie, mais où elle n’est pas vue, des pas en aveugle avec la main tendue vers un inconnu qui nous guide là où l’on ne connaît pas.
Puis peu à peu le corps s’essouffle, l’esprit n’est plus là. l’on se prend de lassitude à force de marcher ainsi sans connaître la route, à perdre l’horizon d’un paysage sans brouillard, on se lasse de tout. Encore des pas à poser sur un sol sans nom, des ornières boueuses à longer sans faillir: puis vient la première chute.
Et d’un coup, les émotions te noient, tout devient trop dur, un geste de compassion, un regard de pitié, un rire dans le dos et la foule qui passe, lente et dense, imprécise et silencieuse. Les larmes qui montent à chaque honte sentie, à chaque trahison de ces nerfs qui lâchent. Des rages sourdes de violences contre soi, de menaces internes pour croire qu’on va vaincre, des batailles perdues à vouloir se parfaire.
Ce long chemin d’une pente aride, à comprendre enfin que l’esprit est infirme, qu’il faut marcher humble, à petits pas comptés, accepter de soi la limite du temps, un pas après l’autre, une main en avant, sans orgueil pour monter un peu, et sortir de ce trou. Et ainsi apprendre du temps la maîtrise du corps.
Un matin le soleil ne se lève pas pareil. Il est un peu plus jaune, un peu plus chaud, un peu plus prés: les pas de chaque brassée de volonté sont un peu plus sûrs, un sourire s’esquisse quand l’esprit se libère, et arrive un peu de guérison, un peu de vaillance retrouvée. Mais le temps a passé, et le combat a duré. Il reste des forces à quérir encore pour se sentir à nouveau homme, aspirant pour sa force les forces d’alentour, laissant à d’autres de perdre à leur tour la quiétude de soi.
Ce combat-là, mon frère, si tu le gagnes, il fait de toi un homme, plus humble que les saints, plus fort que les puissants, plus pur que les enfants...
(c) Pablo Robinson 12/2006
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06.10.2006
les andouilles
Une andouille, c'est fait avec des boyaux de cochons. d'abord on les vide au jet sous pression, puis on les échaude, afin de les débarrasser de toutes les cochonneries qui sont dedans. quand ils sortent de la grande marmite à vapeur, on les appelle alors des "chaudins". Après on les enroule en commençant par un bout pour aller à l'autre bout. Pour faire l'andouille, on commence par prendre un petit intestin grèle, qu'on bourre de chutes avec des épices, et sur lequel on "chausse" un autre intestin puis un autre puis un autre et ainsi de suite jusqu'à obtenir un genre de saucisse de 1m à 1.80 de long, d'un diamètre de 8 à 15 cm. Quand on a fini de faire l'andouille, on la met au fumoir pendant 24 à 48 heures, puis on la vend aux touristes...15:40 Publié dans les chiens de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.02.2006
La poule de Robinson
vous n'êtes évidemment pas des naufragés.
moi, si.
A ce titre, j'ai quelques théories d'avance sur le commun des mortels, et en particulier sur l'art de philosopher sur l'oeuf et la poule, et de savoir si définitivement l'un serait arrivé avant l'autre. Car sur mon île déserte (enfin plus maintenant n'est-ce pas ? ) il se passe des choses bizarres.
un matin, lors de mon jogging habituel sur la plage, je suis tombé pile sur un oeuf. Ceci amène la première affirmation devant témoin. l'oeuf est apparu en premier. Remarquez, j'imagine mal une poule débarquer sur mon île avec un oeuf sous le bras, juste pour me contrarier... quoique ...
Bref, comme un père attaché aux intérêts de ses enfants, je pris l'oeuf et le rapportai à mon carbet, afin d'y trouver un havre de couvaison qui satisfasse la gent ailée qui devait s'y loger. j'installai la trouvaille dans un nid de brindilles et de kapok, et laissai à Jupiter, ou à quelque autre dieu solaire, le soin de pourvoir à ses besoins en calories.
Après quelques semaines, revenant de mon jogging matinal sur la plage je vis au loin dans la direction de ma maison un nuage de fumée s'élever au firmament. Etonné par tant de cuisine, je me rendis sur place et découvris mon carbet en ruines fumantes, et près du désastre, une poule sans plumes, sans bec, mais pourvue d'une queue fourchue et d'ailes de chauve souris, qui crachait du feu comme un âne qui pète.
Point n'était possible, sur une île pareille, de douter un instant que l'oeuf eût changé de nature entre le moment de sa trouvaille et les premiers craquement de sa coquille, laquelle semblait en tous points conforme à la norme ITX 286
695, qui calibre et filtre tous les oeufs que notre bêtise humaine voit passer sous ses yeux...à savoir, conforme en tous points à la matrice anale d'une poule commune de poulailler.
J'en tirai la conséquence que si les oeufs donnent des poules qui ont des dents, crachent du feu, dont un exemplaire de la bestiole que j'ai sous les yeux, alors les hommes savants sont vraiment idiots de croire que ces oeufs sont susceptibles d'avoir une poule comme mère, et de croire que les animaux nés de tels oeufs peuvent avoir de pareilles poules comme descendants...
Amen
Rob (c) 02/2006 -
16:50 Publié dans les chiens de campagne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Iles et Tropiques
21.11.2005
La mort de mon ennemi
Voilà comment mon ami d'il y a longtemps était devenu mon ennemi. Il avait trahi ma confiance, et avait abusé de ceux que j'aime. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet, mais l'envie de meurtre n'était pas loin. Et avec le temps, ma haine s'était encroûtée de pitié, et de loin en loin, mon acharnement à le poursuivre pour que la Justice fasse entre nous un partage équitable, l'envoyer lui en prison, et me donner à moi un peu de quiétude et de reconnaissance de ce que j'avais souffert, était devenu un rite, presque une habitude amie. Après bien des années de lutte microscopique, ma cause avait été enfin écoutée, et nous devions en découdre dans quelque tribunal, afin qu'elle fût enfin entendue, définitivement.
Mais, à la justice attendue depuis si longtemps, celle de la nature a résonné bien avant le marteau de la Cour. Mon ennemi est mort hier, de la plus belle des morts dont il aurait rêvé, en traversant l'azur de haut en bas, plongeant tête la première dans son avion privé, à la fin d'une vrille dantesque, vers la pelouse d'un stade déserté.
Et là, devinant que ma haine resurgissante pourrait à ce moment crier à la Justice que je ne serais pas rassasié de son équité, je me retrouvre penaud de cette mort idiote, lui écrasé sous le poids du métal, et moi envahi par le doute sur la raison de ma vieille fureur. Et pourtant, je la vois en face, ma haine, maintenant honteuse d'avoir perdu son amant, laissant en moi un vide ou le pardon pourrait se glisser, ma douleur tout à coup éteinte, comme une chaux mouillée par une pluie d'hiver.
Mon ennemi est mort, paix à son âme, paix à ses victimes, paix à moi-même, finalement, et qu'on me donne le droit de m'endormir avec une innocence retrouvée, avec la candeur de croire que sa mort a calmé ma colère, que demain, je pourrai regarder ma glace et y voir mes cheveux blanchis par la sagesse, et mon front plein de couleurs du soleil.
Va, mon ennemi, et comme nos combats ont fini dans le sable et la cendre, que le silence enfin endorme nos souffrances, apaise nos craintes, et te conduise à la paix du pardon.
(c) Pablo Robinson - 11/2005
22:15 Publié dans les chiens de campagne | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Iles et Tropiques
09.11.2005
Lutte ordinaire d'un banlieusard ordinaire
Tu le vois bien ,que je me suis levé tôt. tu les vois les cernes sous mes yeux. Je me suis levé à 7 heures, juste eu le temps de passer sous ma douche, d'avaler mon café sans t'embrasser... Oui je suis énervé, comme souvent. Comment faire autrement. Là du coté de Noisy le grand, un jour comme un autre, je prends ma voiture pour aller de l'autre coté de Paris. Tu me crois, hein ? je suis parti à huit heures, et je suis arrivé à la porte de Versailles à onze heures trente !!!! 3 heures et demi pour une si petite distance!!
Que s'est-il passé ? je ne sais pas. Rien n'avancait. J'ai raté mon rendez-vous. J'ai téléphonné pour mon retard, mais lui non plus n'était pas arrivé. On s'est perdu à chercher des pistes comme des sioux pour se rejoindre, du coté de Montparnasse. Mais dans ce coin là, vers les onze heures c'est l'enfer. Je ne pouvaqis pas prendre le métro, ou le bus: les colis que je devais lui apporter étaient juste assez encombrants pour poser de gros problèmes dans les transports en commun ...
On a fini par se retrouver du coté du panthéon: il n'était pas content, et moi j'avais perdu ma matinée et un client. Tu vois, là, je rentre, donne moi une bière que je calme ma soif, j'ai les boules de payer des impots pour des routes qui ne me font pas avancer, pour des transports en commun qui sont justes bons pour y être transporté comme un tronc debout et nu, et pressé contre des autres inconnus et absents, j'en ai marre de faire la queue assis dans une boite de conserve qui pollue mais qui me protège de la pluie comme ce matin. Je suis fatigué d'une vie qui n'est pas celle dont je rêvais quand j'étais petit, j'en ai marre de te donner de moi une image qui ne me ressemble pas et qui me tue à petit feu.
Aime moi, bon sang, toi qui restes à la maison bien au chaud, qui ne brave pas cette lutte des nerfs et du temps tout le temps, chaque jour. Lutte avec moi dans ma vie de citadin perdu dans la ville....
Aime moi, moi qui lutte chaque jour dans le combat des banlieusards ordinaires, essoufflé de ce carcan des distances rendues stupides par les rues fermées, les sens uniques, les boulevards étranglés de trottoirs inutiles, puisque les piétons ont peur.
Pablo Robinson
19:47 Publié dans les chiens de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Iles et Tropiques
19.10.2005
Ubique par Amour
"Ubique, dites vous ?"
Non, je ne suis pas ubique, je suis Pablo, l'ange des virtualités. Et puis arrêtez de me regarder comme ça, on dirait que vous n'avez jamais vu un ange."
Le soldat baissa les yeux. "Je .... Je ne voulais pas vous vexer, vous savez. L'ubiquité, c'est juste la capacité de se dédoubler, de faire croire qu'on peut être à plusieurs endroits à la fois."
L’ange se rassit sur la chaise en bois du bistrot, un coude sur la table, une aile contre le mur.
"Et si moi je ne l'ai pas, ce don, d'autres l'ont. Non pas du point de vue de la capacité à être, mais de la capacité à être perçu. C’est pourtant simple, voyez les elfes filles. Elles aiment toutes un désir, qu'elle transforme en elfe garçon, ou en envie de faire du shoping, ou en amour des roses bleues, ou encore en situations romantiques. Et pourtant, vu de l'autre coté, ces garçons elfes ne sont pas là, mais ailleurs, et d'autres les voient... moi je suis là, dans ce bistrot des bas fonds de Pointe à Pitre, et c'est bien moi que vous voyez en train de boire une bière avec vous. Mais je connais une fille elfe qui me voit de la même façon que vous, de l'autre coté du monde, et j'en connais d'autres encore, qui me voient ici et là..."
Le soldat avait un air interrogateur. L'ange reprit:
" Et vous savez ce que c'est, çà ? cette manière de percevoir que vous avez touché les gens au point qu'ils pensent à vous, qu'ils vont jusqu'à croire que vous êtes devant eux, juste là, présent, avec une onde de rassurance qui émane de vous, avec de la tendresse qui s'écoule toute tiède vers leur coeur souvent trop froid, trop serré, alors que vous êtes à l'autre bout du monde, les pieds empêtrés dans le sable des dunes, à chercher vainement un chemin dans le désert, avec vos yeux qui brûlent, avec votre démarche d'affamé, la gourde vide, le crâne pris dans les tourments des migraines de la soif ? Non, vous ne le savez pas, parce que vous êtes soldat."
Le soldat, qui avait posé sa chope de bière, le regarda fixement, l'air effaré.
" Comment ne le saurais-je pas ? À cause de ma fonction ? Ne suis-je pas homme comme tous ici ? Est-ce mon âme qui me rend aveugle à cela, ou l'uniforme qui la recouvre ? Je sais bien de quoi vous voulez parler ! Vous me parlez de l'Amour, vous me parlez de cette puissance insondable qui traverse les songes et transperce les coeurs, vous me parlez de la Foi, cette seule Foi dont nous humains nous pouvons mesurer la vérité par les gestes que l'on donne, par les traverses traversées au nom d'un rien qui lie les âmes aux autres âmes, cet acte sublime qui nous fait mourir au nom de ce que nous ne pouvons nommer. Et moi ? Qui vous dit que je ne suis pas soldat par amour de mon peuple ? Qui vous dit que je ne suis pas Roi à cause de l'amour que je porte ? Est-ce la faconde noire que salissent les armes qui devrait couvrir de ténèbres le rayonnement de mon âme ? Ne me regarde pas comme ça, toi, l'ange, rempli de la suffisance que portent tes ailes ! Tu me mets en colère ! Tu peux, à l'innocence de ton uniforme de plumes croire que ton ubiquité est une résolution de l'amour que tu portes, mais n'imagines pas qu'un soldat encrassé de la boue du combat ne soit pas porteur des mêmes espérances, qu’il n'essaie pas de marcher tout comme toi au travers du désert pour trouver le chemin de la pureté, la voie de la sagesse, et, devenu porteur de ce nouveau fardeau, ne tente pas à son tour d'en partager le bonheur avec ceux qui sont assoiffés de cet amour..."
L’ange le regarda profondément. Il avait fini de boire. Il prit les mains du soldat dans les siennes. Entre leurs regards se dessinait une tension immense, non de différence, mais une fusion extrême, comme une fièvre froide, porteuse d'une folie inconnue.
Ils étaient devenus frères.
© Pablo Robinson – Les chiens de campagne
12:30 Publié dans les chiens de campagne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Iles et Tropiques








