Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

les chiens de campagne

  • Les patayos: -2- Les pieds au mur

    pieds au mur.jpgSi certains français de Martinique ont des volontés politiques marquées, s'ils ont des idées d'émancipation, s'ils souhaitent partager leur amour indéfectible d'une liberté de pensée ou d'opinion, tout en restant dans leur pays de naissance qui (qu'ils le veuillent ou non) appartient à la France, alors ils seront respectés, adulés parfois, dans tous les cas écoutés.

    Le texte cinglant de Raphael Confiant ( lire en annexe ci-dessous) est d'une illogique implacable. Je ne doute pas que les quelques milliers d'agitateurs et de bloqueurs de zones économiques vitales qui ont "agi" entre les mois de février et mars 2009 aient tous voté pour le OUI à l'adoption de l'article 74 de la constitution française. Ils sont très probablement parmi les 32 453 votants adeptes du OUI.

    Ils étaient bien moins nombreux dans les rues de Fort de France à faire fermer les commerces sous la menace de pillages ou à bloquer les zones commerciales. Et effectivement, ils l'ont fait avec la complicité lascive des autorités, manipulées probablement par le machiavélisme Sarkozien qui voyait là une bonne opportunité pour monter un coup politique et une manipulation de grande envergure.

    Le résultat du referendum en est aujourd'hui la preuve éclatante.

    Mais voilà : ils ne sont pas seuls. Ils sont ce qu'on appelle une "minorité agissante" . Laquelle ne tient pas devant l'inertie pacifique de la démocratie. 126 648 autres français de Martinique ont dit NON. Peut-être ont-ils eu en arrière pensée que sous une autonomie partielle un autre coup d'état serait possible avec encore moins d'acteurs... et encore moins de protection...

    Ceux qui ont dit NON sont probablement les mêmes que ceux qui ont été assignés à résidence pendant plus d'un mois, probablement les mêmes salariés aujourd'hui chômeurs par la seule faute de ceux qui ont voté le OUI franc et massif des patayos.

    Ceux qui ont dit NON sont les Tamoins et les Tanous, ceux qui construisent chaque jour la Martinique avec autre chose que des paroles utopiques ou des mensonges truqués par les vitrines des fausses libertés environnantes: Cuba, Haiti, Saint Domingue...

    Ceux qui ont dit NON sont les milliers de familles désemparées, privées de toute espérance, privées des droits les plus basiques: se déplacer, travailler, apprendre.

    Ceux qui ont dit NON sont les artisans, les commerçants, les professions libérales, ceux qui ont perdu leur droit légitime à gagner leur vie par leur propre travail.

    Non! Tous ceux-là ne sont pas titulaires, comme l'auteur Confiant, d'un poste dans une administration de l'état français, qui octroie plus qu'un salaire, une vraie pension, augmentée de 40% de la valeur travail, à des gens qui seraient probablement incapables de gagner le même salaire s'ils travaillaient dans le "vrai" monde du travail : celui de l'effort, celui de la concurrence, celui de la jungle des affamés de la vie, celui des diplômés sans travail.

    Les insulter de la sorte relève d'inintelligence. Ceux qui devaient dire OUI l'ont fait. Mais ils ne sont ni le peuple, ni même le ferment du peuple, car le levain qu'ils portent est un poison qui détruit, un virus qui étouffe, une fausse espérance, une insulte au bon sens et à l'intelligence.

    Les insulter, c'est reconnaître sa propre impuissance, c'est porter en soi la fange excrémentale qu'on ose vomir sur ceux qui ont été probablement les plus cohérents avec leurs idées, c'est admettre que ceux qui ont porté ces idées-là en matière de dogme irrésolu ne sont pas des démocrates, mais des hommes violents, de futurs tyrans sans doute.

    Mais par dessus tout, ce molard craché à la tête de nos concitoyens permet de mesurer la vraie valeur de la démocratie, le vrai poids du nombre. Et par comparaison, l'étrange sensation que le venin peut sembler salutaire à petite dose, mais qu'il est bel et bien mortel dans son essence.

    Un jour, il faudra que Monsieur Confiant nous raconte sa petite enfance, qu'il nous parle de "ce peuple" qui est le sien, et comment il a pu vivre au milieu de "sous-merde, un ramassis d’aliénés, d’alimentaires et de lâches. Une tâche sur la carte du monde, une salissure. Un étron." (sic).


    annexe: le texte paru le lundi 11 janvier 2010 par la rédaction de Montray Kreyol

    « PÉYI-A SÉ TA NOU, SÉ PA TA YO ! » (« CE PAYS EST À NOUS, PAS À EUX ! »), CLAMAIENT-ILS EN FEVRIER 2009…


    Jamais à Cuba (communiste), ni à Barbade (capitaliste) Saint-Domingue (social-démocrate), on ne verrait le pays bloqué durant plus d’un mois à cause d’une grève générale.

    JAMAIS!

    Au bout d’une semaine, les forces de police ou l’armée débloqueraient les routes, rouvriraient les commerces et entreprises, rétablirait la libre circulation des personnes et des marchandises. Il n’y a que dans ces colonies de consommation que sont la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane qu’une telle chose est possible. Dans ces OVNI politiques, le Papa Blanc autorise ses chers enfants nègres à brailler, défiler, réclamer, exiger autant qu’ils le veulent. De toute façon, personne ne mourra de faim! Il les autorise même à proclamer que «le pays leur appartient désormais» et que le temps de la «profitation» est fini et bla-bla-bla…

    Le Papa Blanc se marre. Ses enfants nègres ne sont pas sérieux. Ils ne croient pas un mot à ce qu’ils disent. D’ailleurs, pourquoi ont-ils «déboulé» en février, mois du carnaval, et pas en octobre ou en novembre? La preuve: quand on leur organise une consultation pour savoir s’ils seraient prêts à entamer un tout petit début de commencement d’autonomie, ils battent aussitôt en retraite comme des «crabes-c’est-ma-faute». Oublié le «Péyi-a sé ta nou!»! Aux orties les rodomontades du genre «Jou nou ké ajounou pòkò wè jou»!

    Tout le monde aux abris!

    73% de «NON» en Guyane et 80% en Martinique. Donc si l’on comprend bien, les mêmes qui ont défilé et braillé en février pour faire plier l’État «colonialiste» votent aujourd’hui comme un seul homme pour rester à jamais enlacés dans les bras de ce même état colonialiste. Français jusqu’ad vitam aeternam, voilà ce qu’ils veulent être et rester!

    À ces gens, je dis: allez vous faire foutre! À ce peuple, je dis qu’il n’est qu’une sous-merde, un ramassis d’aliénés, d’alimentaires et de lâches. Une tâche sur la carte du monde, une salissure. Un étron.

    Je comprends pourquoi vous ne voulez ni de l’autonomie et encore moins de l’indépendance. Dans un Martinique libre, comme à Cuba, à Barbade ou à Saint-Domingue, jamais vous n’auriez été autorisés à foutre la merde et à bloquer tout le pays pendant plus d’un mois.

    Vous avez raison: restez français jusqu’à la fin des temps et continuez à brailler et à manifester régulièrement pour que le Papa Blanc vous accorde 200 euros d’augmentation de salaire et n’augmente pas le prix de l’essence, même si le cours du brut augmente sur le marché mondial.

    Adieu (ou plutôt «Au Diable!»)…

    Raphaël Confiant

  • Les Tamoins, les Patayos et les Tanous

    devise shadock 01.jpgEn Martinique, le slogan des évènements de février 2009 était: "matinik cé patayo, matinik ceta nou":
    (la martinique c'est pas à eux, la martinique c'est à nous) .

    De ce slogan, j'ai tiré 3 profils:
    les "tamoin" (à moi),
    les "patayo" (pas à eux),
    les "tanou" (c'est à nous)


    le "tamoin" : Martiniquais de souche, ou "étranger" qui s'est installé depuis longtemps, il travaille pour son compte ou est salarié dans le privé: il travaille beaucoup, participe à l'économie du pays, a réussi à mettre un peu d'argent de coté, s'est acheté un bout de terrain ou a hérité, s'est construit par les moyens du bord sa petite maison. Il adore la France, est fier de son passeport, paye tant bien que mal ses impôts. Il tient au statut de son île, déclare facilement que ce qu'il a, il ne l'a volé à personne, et revendique que la Martinique "c'est à moi" (cé ta moin)

    le "patayo": Martiniquais de souche ou "négropolitain" revenu au pays, il travaille (si l'on peut dire) dans une collectivité municipale, départementale ou régionale, ou encore est "fonctionnaire" de "l'Administration". Il revendique avec force les 35 heures, touche les 40% de vie chère, avec lesquels il investit dans l'immobilier défiscalisé. Lorsqu'on lui reproche d'en faire le moins possible, il répond avec fierté que ce que lui donne l'Etat (ou les collectivités) - c'est à dire l'argent des autres - est en fait la "réparation", qu'il considère comme un dû, bien que ni lui ni son grand-père n'aient jamais été les esclaves de personne. Il râle contre la vie chère que son propre salaire a aidé à créer, fustige la "justice" mais se comporte en tyran avec ses locataires pauvres, invective l'artisan qui travaille pour lui, ne paye pas ses factures et malgré tout roule dans des autos haut de gamme, le plus souvent fabriquées en Allemagne. C'est le partisan idéal et incontournable des évènements de février. Sa revendication consiste à rejeter ce qui ne lui ressemble pas: "Matinik cé pa ta yo" : la Martinique ce n'est pas à eux. Mais il ne dit pas qui son les "yo"... on se doute qu'il parle des "tamoin", mais ce n'est jamais clair ... quand à dire que ce sont les tanou, il s'en défendra toujours, respect de castes oblige ...

    le "tanou": Martiniquais de souche, souvent xénophobe "par le haut" (il est allergique à toute concurrence), le tanou est ancré depuis des siècles sur les roches visqueuses qui bordent l'île, souvent face à l'atlantique. Le tanou sait saisir les opportunités, traquer les monopoles, et surtout s'en servir. Il connait les rouages du commerce, les leviers des subventions, les ploiements nécessaires aux obéissances serviles, les mots endormeurs pour les politiques, les acquiessements aux promesses sociales, mais il sait surtout le sens des flux économiques. Il dit oui aux patayos pour augmenter les salaires, du moment que ce n'est pas lui qui débourse l'argent, et du moment que cet argent se retrouvera de toutes façons dans ses affaires, magasins, grande distribution, entreprises de services. Le tanou a le menton haut, la sympathie du requin, et se targue d'une chevalière portant des armoiries souvent ramassées dans les poubelles du royaume de france, seigneuries ou baronnies balayées par les guerres et la révolution, dont la particule n'a pas plus de valeur que la voiture allemande que conduit avec fierté le patayo d'en face, que le tanou lui a vendue, bien entendu.

    Le tamoin représente la plus grande partie de la population. Il détient le pouvoir social et économique, mais il ne le sait pas. Il pourrait faire changer les choses, mais le temps qu'il devrait y consacrer mangerait celui qu'il consacre à son travail. Le tamoin est rustre, il n'aime pas trop la compagnie, se méfie des grandes messes et des foules. C'est ce qui fait sa perte.

    Le patayo représente le pouvoir social actif: les patayos ne sont pas nombreux, mais ils parlent fort, s'agitent souvent, et consacrent plus de temps à la gesticulation sociale qu'à la tâche que leur octroie leur condition professionelle. Comme il ne travaille pas beaucoup, le patayo a le temps de comparer comment vivent les tamoins et les tanous, et il ne comprend pas bien comment ils arrivent à être heureux alors qu'ils travaillent plus que lui. Le patayo est un as du rassemblement, il sait faire vibrer la corde de la solidarité et faire croire que ce qui est donné pour la "cause" est juste et sera tésaurisé au paradis des gogos.

    Le tanou a pour lui l'inertie immense des patayos et la faiblesse des tamoins: ainsi il peut faire tranquillement ses affaires, cibler ses victimes, et remplir ses poches tranquillement. Le tanou utilise la Martinique comme une mine, mais il a placé ses interêts ailleurs, à Paris, en Chine ou aux USA. Le tanou passe ses dimanches à attraper son cancer de la peau en grillant sur le roof de son bateau, sait faire des réunions secrètes, sait tenir sa langue, sauf quand il a trop bu après avoir été invité par des journalistes de "là-bas". C'est un spécialiste des contre feux et des diversions, un homme de l'art, que Machiavel aurait pu citer.

    En février 2009, les patayos ont lancé une révolution: ils voulaient que les tamoins continuent à travailler, mais en leur donnant le fruit de leur travail, et que les tanous continuent à les fournir en denrées alimentaires et autres, mais sans faire fortune.

    Ce fut un échec.

    (fin du premier épisode)

  • De ces mots donnés en pâture à l'ours Bloggo

    fe660ce829107471f1b2f672294acb67.jpg
     Pour Marie-Hélène. Hier elle se battait contre les oies de guinée. Là , elle se bat contre le croire de la rumeur. Elle se bat avec Bloggo, un ours fait de rien, mais qui enfle la tête des dactylos du net, des Jeannes de blogs qui espèrent que les stats grimpantes vont leur ouvrir le monde enchanté de la littérature sans livre, des gros titres people qui ont enfin déniché la gentille cendrillon dans les combles d'un sixième étage sans ascenseur, dans les fonds de la capitale ...
     
    Bloggo c'est un ours à poil, c'est à dire sans poil, qui se ballade dans la rue en montrant ce qu'il ne voit même pas lui-même. Sauf s'il met un pagne. Sauf s'il se censure. Sauf s'il ne montre pas tout. Et s'il ne montre pas tout, il devient comme tous les autres ours: commun.
     
    D'où l'art de la littérature. l'érotisme des mots qui font croire que le visiteur à qui Bloggo se montre verra des choses que les autres ne voient pas, comprendra à mots couverts des intrigues de palais que les langues n'ont pas déliées. (celle-là je la garde).

    Et comme une femme somptueuse, l'auteur ne dira plus rien que des mots d'amour, égrenés rarement. Comme la princesse aperçue, elle ne se montrera au jardin que lorsque le brouillard jouera avec le soleil. Comme le roi déguisé en mendiant, elle ne consultera les auspices que la veille de la guerre.

    Et comme tu disais en d'autre temps, sans le duende, sans la tripe contenue sous la langue, sans le lâcher de soi, et donc de vérité, point d'art, point de vie.

    N'est pas dangereuse la parole donnée avec amour. Les méchants en feront dérision, les affamés une nourriture, les persécutés une espérance.

    Pablo

  • Le paradoxe de Samarie

    sans moyens en temps ou en finance (ou en d'autres moyens d'ailleurs), la générosité ne peut pas s'exprimer, elle devient une activité sacrificielle (puisqu'elle prend la place d'autres taches plus importantes), et on sait tous les paradoxes qui se cachent derrière le sacrifice.

  • sécurité

    La gestion de la sécurité occupe d'abord les évidences liées au spectaculaire. Que ce soit dans le discours politique ou dans la démonstration "économique", on butte toujours sur le fait qu'il s'agit d'abord de la gestion d'actes générés par des hommes et des femmes, que ce soit dans l'acte délinquant, ou dans la répression de cet acte. Partant, il devient évident que toute la palette des sentiments liés à la confrontation entre les hommes affleure à chacun de ces actes, à quelques différences près, que les témoins non acteurs ne peuvent pas  facilement apprécier:
    -a- les auteurs d'actes malveillants ou d'actes issus d'une situation de délinquance n'ont pas de considération "sociale" de leurs actes: ils violent, ils tuent, ils volent, ils détruisent, ils enlèvent, ils menacent sans autre considération que leur propre égo, leur propre skyzophrénie, leur propre haine. Il n'y a ni amour ni considération de l'autre. Ils ne le font pas pour sauver unsystème ou pour défendre un parti. Ils sont souvent prisonniers eux-mêmes de leur propre environnement délinquant, et rares sont ceux qui "aiment" ce qu'ils font. Et ceux qui aiment de tels actes sont des malades mentaux. la nature humaine n'est pas faite pour se détruire.

    -b- ceux qui ont pour tâche de veiller à la préservation des biens et des personnes ont pour la plupart un positionnement et une considération sociale opposée: ils sauvent, ils protègent, ils surveillent, ils appréhendent, ils interrogent avec - je le répète pour la plupart d'entre eux - le sentiment de servir la communauté urbaine ou rurale dans laquelle ils sont, souvent avec un sens poussé du service public, avec l'interrogation permanente de se demander si ce qu'ils font est bien conforme à ce qu'il faut faire. Ils aiment profondément leur métier.

    Or, pour assurer la mission des seconds, il est nécessaire de réagir avec les instincts des premiers, oublier comme eux que la socialisation des hommes est à la base de la société, laisser de coté les considérations juridiques, judiciaires, morales, pour aller à l'essentiel, qui est de faire en sorte qu'ils cessent de violer, de tuer, de détruire, d'enlever, de menacer. Cela ne peut se faire sans douleur, sans interrogation morale, car il faut accepter de comprendre que leur rôle n'est pas de changer le monde, mais de l'apaiser. L'on pourrait appeler cela "aller à l'essentiel". Ceux qui ont eu à souffrir dans leur chair et dans leurs biens des actes de la délinquance le comprendront assez facilement. Ceux qui n'ont été ni victimes, ni témoins ne peuvent que le dénoncer, en se basant sur leur concept de la morale, en confondant sans doute la victime et le bourreau.

  • la mort du tyran

     Je pensais à Jamillah (voir les LCE, Jamillah) ce matin, à ses yeux verts restés magnifiques dans ma mémoire. En écoutant la radio et les infos qui annoncent l'éxécution de Saddam Hussein, me reviennent les images des Kurdes de Haj Humran ou de Salahaddin, les bergers de Swara Tuka et leurs flûtes doubles en roseau, collées avec du bitume ramassé sur les lèvres des champs de pétrole de Kirkouk, les femmes aux habits colorés qui ramenaient le bois mort récolté le long de la rivière. Je me dis que la plupart d'entre eux ont disparu maintenant, gazés par les bombes chimiques de Saddam, et que je suis peut être le seul à conserver des images en souvenir de ces pauvres gens. Ce qui est définitivement absurde dans la mort, c'est d'y perdre les bonheurs qu'on a perçu dans la vie, notre incapacité à retenir cette énergie fugace qui domine toutes nos volontés et qui fait de nos souvenirs des endroits de regrets, des points de résilience ou des cordes de nostalgie auxquelles on s'attache parfois pour ne pas sombrer...

     

    Il est deux heures du matin à Bagdad, et celui qui fut un monstre redevient un enfant et se surprend à croire aux fées, au père noel, à la grâce divine, à Mickey et aux personnages de Wald Disney. Il se passe fréquemment la main sur le cou, et ses doigts ne rencontrent que sa peau rapeuse et mal rasée. Quelquefois il pleure en silence, en se demandant comment il en est arrivé là. Encore quelques heures, et dans un brouillard de somnolence, de faiblesse et de fatalité, il sortira au petit matin dans la cour de la prison, montera hébété sur les marches de bois, d'un bois frais cloué à la hâte pendant la nuit, sans que personne ne puisse être là, sinon des bourreaux anonymes, des caméras braquées avec leur petite lumières rouges allumées. Un imam dira une prière, puis le sol se dérobera d'un coup, comme une balle traverse la nuque, comme un poison entre dans les poumons, comme une bombe éclate, comme tous ceux dont il a pris la vie, avec violence ou avec patience, tous ceux qui l'attendent dans le grand rien, il s'étirera jusqu'à la brisure de son cou, jusqu'au tremblement ultime, et nous regarderons en silence l'homme mourir et le tyran disparaître, en silence encore après la mort, recueillis non pas au souvenir de sa vie, mais à celle de ceux  dont il aura été le destructeur, l'oméga sans but, les poings fermés dans les poches, avec une grande douleur dans le coeur, pour tourner une page douloureuse d'un livre qui n'est pas fini...

     

    (c) Pablo Robinson-12/2006

  • D comme dépression

    Il en est mon frère de la dépression comme d’un long voyage. Marcher sans arrêt, un pas après l’autre, pendant des années, suivre des routes qui ne sont pas nôtres, des chemins de traverse obligés, longtemps suivis par des temps concentrés, des temps d’amour et des temps de haine, des chemins de nuages, où la terre est sentie, mais où elle n’est pas vue, des pas en aveugle avec la main tendue vers un inconnu qui nous guide là où l’on ne connaît pas.

    Puis peu à peu le corps s’essouffle, l’esprit n’est plus là. l’on se prend de lassitude à force de marcher ainsi sans connaître la route, à perdre l’horizon d’un paysage sans brouillard, on se lasse de tout. Encore des pas à poser sur un sol sans nom, des ornières boueuses à longer sans faillir: puis vient la première chute.

    Et d’un coup, les émotions te noient, tout devient trop dur, un geste de compassion, un regard de pitié, un rire dans le dos et la foule qui passe, lente et dense, imprécise et silencieuse. Les larmes qui montent à chaque honte sentie, à chaque trahison de ces nerfs qui lâchent. Des rages sourdes de violences contre soi, de menaces internes pour croire qu’on va vaincre, des batailles perdues à vouloir se parfaire.

    Ce long chemin d’une pente aride, à comprendre enfin que l’esprit est infirme, qu’il faut marcher humble, à petits pas comptés, accepter de soi la limite du temps, un pas après l’autre, une main en avant, sans orgueil pour monter un peu, et sortir de ce trou. Et ainsi apprendre du temps la maîtrise du corps.

    Un matin le soleil ne se lève pas pareil. Il est un peu plus jaune, un peu plus chaud, un peu plus prés: les pas de chaque brassée de volonté sont un peu plus sûrs, un sourire s’esquisse quand l’esprit se libère, et arrive un peu de guérison, un peu de vaillance retrouvée. Mais le temps a passé, et le combat a duré. Il reste des forces à quérir encore pour se sentir à nouveau homme, aspirant pour sa force les forces d’alentour, laissant à d’autres de perdre à leur tour la quiétude de soi.

    Ce combat-là, mon frère, si tu le gagnes, il fait de toi un homme, plus humble que les saints, plus fort que les puissants, plus pur que les enfants...

    (c) Pablo Robinson 12/2006

  • les andouilles

    Andouilles suspenduesUne andouille, c'est fait avec des boyaux de cochons. d'abord on les vide au jet sous pression, puis on les échaude, afin de les débarrasser de toutes les cochonneries qui sont dedans. quand ils sortent de la grande marmite à vapeur, on les appelle alors des "chaudins". Après on les enroule en commençant par un bout pour aller à l'autre bout. Pour faire l'andouille, on commence par prendre un petit intestin grèle, qu'on bourre de chutes avec des épices, et sur lequel on "chausse" un  autre intestin puis un autre puis un autre et ainsi de suite jusqu'à obtenir un genre de saucisse de 1m à 1.80 de long, d'un diamètre de 8 à 15 cm. Quand on a fini de faire l'andouille, on la met au fumoir pendant 24 à 48 heures, puis on la vend aux touristes...
    En Bretagne, faire l'andouille permettait de récupérer toute la tripaille du cochon, lequel, comme aujourd'hui dans beaucoupe de pays pauvres, représente la "caisse d'épargne " familiale. Et comme il n'y avait pas de fumoir dans chaque masure, les andouilles étaient suspendues dans la cheminée, oû elles étaient à l'abri des prédateurs (mouches, rats, enfants affamés, maris grognons et amants à fringale) et oû elles prenaient leur goût tout en séchant, leur avenir de conservation étant garanti par la bonne fumée des bois de chataigner qui chauffaient la maisonnée. L'andouille de Guéméné est fabriquée et séchée de manière traditionelle sous cette forme, ce qui prend du temps et assèche fortement le produit, d'oû son prix élevé et la couleur noire de sa "robe". Les andouilles modernes sont chaussées précuites et "finies" dans des fours fumoirs en quelques dizaines d'heures, avec en prime un contrôle qualité qui garantit la propreté du produit et son absence de bactéries fécales (ce qui n'était pas le cas dans le passé)....
    Andouilles suspendues 1
    Il existe de nombreuses sortes d'andouilles, des grandes perches à walkmann incorporé avec boutons d'acné sur la figure en option, des petites avec de grosses lunettes qui savent tout avant de savoir pisser, des grosses qui bouffent n'importe quoi en décrétant que ça fait du bien par oû ça passe, et un nombre incalculable d'andouilles ordinaires, qu'on rencontre le plus souvent le long des autoroutes entre le 1er juillet et le 31 aout (précisément), et qui ont la particularité de cumuler les couches de bêtise et de couennerie, d'oû leur appellation finale.
    Enfin, et ce n'est pas tout, on a découvert depuis quelques années une nouvelle variété d'andouilles, lesquelles sont affublées d'un bout de plastique sur le coté du visage, et n'ont de cesse de causer dedans à longueur de temps, sans se rendre compte que les mots qu'elles égrennent leur coûte une fortune, mettant en danger leur pécule, sans oublier qu'elle le font dans toutes les circonstances, y compris en conduisant un véhicule, à tel point qu'on se demande comment le gouvernement a pu délivrer des permis de conduire à de telles engeances ....

  • La poule de Robinson

    vous n'êtes évidemment pas des naufragés.

    moi, si.

    A ce titre, j'ai quelques théories d'avance sur le commun des mortels, et en particulier sur l'art de philosopher sur l'oeuf et la poule, et de savoir si définitivement l'un serait arrivé avant l'autre. Car sur mon île déserte (enfin plus maintenant n'est-ce pas ? ) il se passe des choses bizarres.

    un matin, lors de mon jogging habituel sur la plage, je suis tombé pile sur un oeuf. Ceci amène la première affirmation devant témoin. l'oeuf est apparu en premier. Remarquez, j'imagine mal une poule débarquer sur mon île avec un oeuf sous le bras, juste pour me contrarier...    quoique ...

    Bref, comme un père attaché aux intérêts de ses enfants, je pris l'oeuf et le rapportai à mon carbet, afin d'y trouver un havre de couvaison qui satisfasse la gent ailée qui devait s'y loger. j'installai la trouvaille dans un nid de brindilles et de kapok, et laissai à Jupiter, ou à quelque autre dieu solaire, le soin de pourvoir à ses besoins en calories.

    Après quelques semaines, revenant de mon jogging matinal sur la plage je vis au loin dans la direction de ma maison un nuage de fumée s'élever au firmament. Etonné par tant de cuisine, je me rendis sur place et découvris mon carbet en ruines fumantes, et près du désastre, une poule sans plumes, sans bec, mais pourvue d'une queue fourchue et d'ailes de chauve souris, qui crachait du feu comme un âne qui pète.

    Point n'était possible, sur une île pareille, de douter un instant que l'oeuf eût changé de nature entre le moment de sa trouvaille et les premiers craquement de sa coquille, laquelle semblait en tous points conforme à la norme ITX 286
    695, qui calibre et filtre tous les oeufs que notre bêtise humaine voit passer sous ses yeux...à savoir, conforme en tous points à la matrice anale d'une poule commune de poulailler.

    J'en tirai la conséquence que si les oeufs donnent des poules qui ont des dents, crachent du feu, dont  un exemplaire de la bestiole que j'ai sous les yeux, alors les hommes savants sont vraiment idiots de croire que ces oeufs sont susceptibles d'avoir une poule comme mère, et de croire que les animaux nés de tels oeufs peuvent avoir de pareilles poules comme descendants...

    Amen
    Rob  (c) 02/2006 -

  • La mort de mon ennemi

    Voilà comment mon ami d'il y a longtemps était devenu mon ennemi. Il avait trahi ma confiance, et avait abusé de ceux que j'aime. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet, mais l'envie de meurtre n'était pas loin. Et avec le temps, ma haine s'était encroûtée de pitié, et de loin en loin, mon acharnement à le poursuivre pour que la Justice fasse entre nous un partage équitable, l'envoyer lui en prison, et me donner à moi un peu de quiétude et de reconnaissance de ce que j'avais souffert, était devenu un rite, presque une habitude amie. Après bien des années de lutte microscopique, ma cause avait été enfin écoutée, et nous devions en découdre dans quelque tribunal, afin qu'elle fût enfin entendue, définitivement.

    Mais, à la justice attendue depuis si longtemps, celle de la nature a résonné bien avant le marteau de la Cour. Mon ennemi est mort hier, de la plus belle des morts dont il aurait rêvé, en traversant l'azur de haut en bas, plongeant tête la première dans son avion privé, à la fin d'une vrille dantesque, vers la pelouse d'un stade déserté.

    Et là, devinant que ma haine resurgissante pourrait à ce moment crier à la Justice que je ne serais pas rassasié de son équité, je me retrouvre penaud de cette mort idiote, lui écrasé sous le poids du métal, et moi envahi par le doute sur la raison de ma vieille fureur. Et pourtant, je la vois en face, ma haine, maintenant honteuse  d'avoir perdu son amant, laissant en moi un vide ou le pardon pourrait se glisser, ma douleur tout à coup éteinte, comme une chaux mouillée par une pluie d'hiver.

    Mon ennemi est mort, paix à son âme, paix à ses victimes, paix à moi-même, finalement, et qu'on me donne le droit de m'endormir avec une innocence retrouvée, avec la candeur de croire que sa mort a calmé ma colère, que demain,  je pourrai regarder ma glace et y voir mes cheveux blanchis par la sagesse, et mon front plein de couleurs du soleil.

    Va, mon ennemi, et comme nos combats ont fini dans le sable et la cendre, que le silence enfin endorme nos souffrances, apaise nos craintes, et te conduise à la paix du pardon.

    (c) Pablo Robinson - 11/2005