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  • Des nuits d’avion

    1008015747.jpgje me repassais la scène. Celle où nous nous sommes embrassés. Celle où je te disais avec mes lèvres combien je t'aime, combien j'ai besoin de tendresse, Combien je souffre de ne pas pouvoir retenir ces moments-là plus longtemps, à part dans ma mémoire, comme des trésors cachés, que je ressortirais plus tard, lorsque la solitude serait trop lourde, lorsque l'appel de l'amour résonnerait dans le hallier, sans réponses, sans autre bruit que le vent faisant bruisser les feuilles aux sommets des futaies. Je ressens dans ces instants combien tes caresses me manquent, combien je voudrais en boire la fraîcheur, et à quels temps je voudrais les conjuguer avec toi, loin des choses du monde, loin des bruits et des interférences de ce qui peuple nos vies.

    Je n'arrive pas à dormir sans sentir le frôlé de ton pied, sans recevoir le consentement de nos peaux qui se touchent avec l'envie de contredire ce que nos pensées égoïstes voudraient étouffer. Plus tard, dans la nuit bruyante des réacteurs, entre les ronflements de ma vieille voisine et les dialogues du film qui se déroulait en somnambule dans un faux demi sommeil, dans un faux demi rêve, je me prenais à répéter ces phrases, comme des poèmes récités à tes pieds. Je me prenais à croire que tu écouterais en caressant doucement mes cheveux, que plus tard, tu te serais allongée près de moi, silencieuse et complice, laissant à nos doigts de découvrir ce qui ferait la part des gestes tendres, des caresses, et ce qui provoquerait autre chose, une montée en amour, dans en faire une lutte, sans en faire une conjugaison récitée comme une table de multiplication. Et les douleurs de mon dos m'ont empêché de sombrer dans la suite d'un sommeil comme celui-là. Elles ont réveillé une analyse de pulsions, comme si le besoin de lâcher ce qui me fait souffrir (la dureté de tout, le manque de gentillesse à tous égards, l'absence de douceur de nos mots et de nos gestes, des miens en particulier) devenait presque une grossièreté, une envie insane, déplacée, douloureuse, comme s'il devenait impossible de passer une main légère sur ta tempe, d'effleurer le haut de tes joues avec un doigt sensible et chaud. C'est loin des rêves fous et sexués, des montées en cadences d'envies monstrueuses de disparaître dans un ultime orgasme calculé comme une page symphonique, joué avec l'orchestre de nos corps et lancé dans l'azur comme une apothéose insensée...


    Au bout de ces songes terribles, la fin du voyage et mon dos qui s'est calmé enfin, et la douleur disparaissant comme une récompense, la béatitude d'être sans souffrance un instant de plus, le temps que la cabine s'éveille, que les gens s'ébrouent de leur propre torpeur, et que l'odeur du café vienne réveiller les sens et l'appétit. Les activités de la fin du vol m'ont volé mon envie de toi. Je me suis retrouvé à lire un bouquin, comme s'il était impossible de replonger dans mon songe, jusqu'à ce que l'avion se pose dans le petit jour et se range à sa place....


    Le taxi  m'a presque posé dans ce train, et, n’aurait été l'achat du dernier numéro de Musica et l'écoute du CD avec Glenn Gould, je serais encore reparti dans mes pensées absurdes.....

    Si je t'aime ? je ne sais rien faire d'autre, finalement, mais mal, avec trop d'impatience, avec trop d'exclusivité, avec trop d'envies que je n'ose jamais dire, que je ne veux pas assez conquérir, par peur de me perdre.

  • Ne dis rien...

    1357982265.jpg Tu as voulu le silence, comme un renoncement à nous, comme un rejet de voix partagées. Entre parler et se parler, entre aimer s'aimer et maudire, entre jaser , ironiser et gémir. Soit. je me tais. Outre la parole, il reste le regard, le toucher. Mais de ces sens là, tu n'en veux plus non plus. On se croise comme des indifférences. On s'endort dos à dos avec le croire de l'inconsistance de l'autre, qui pourtant est  bien là, remuant dans son sommeil comme un animal blessé et endormi, mais qui n'accepte ni compassion ni tendresse. Les douleurs de l'âme sont rudes, invisibles, intouchables. On se voit comme des fantômes, on vit en mécaniques qui fonctionnent sur l'inertie du temps: ouvrir le frigo, faire cuire quelque chose, manger en regardant le vide, laver son assiette et se forcer à repartir, au boulot ou ailleurs, n'importe où, pourvu qu'on échappe à la présence de l'autre, pourvu qu'on abandonne un miroir déformé, un autre soi qui n'est plus ce qu'on croyait être le reflet de soi, à soi, pour soi.
     
    Mais ce n'est pas la fin d'un amour. C'est une faim d'autre chose, une faim de vivre ce qu'on ne peut plus vivre, parce qu'on n'est plus ce qu'on croyait être définitivement, parce que nos hormones nous trahissent, parce que nos peaux se flétrissent, parce que nos fatigues ne sont plus les mêmes. Mais dans nos têtes, nous avons toujours vingt ans, avec en plus la peur de marcher à coté du vide, la peur que tout se casse, la peur de n'être plus deux ensemble mais deux côte à côte et indifférents à nous-mêmes. Cette peur immense qui donne envie de mourir, de tout arrêter tout de suite, tellement l'appel du vide est fort, tellement il serait plus facile de se laisser tomber, de se laisser aller. Une vie d'homme, une vie de femme, une vie de couple, des convergences difficiles que nous avons bravées, avec nos intelligences, avec nos poings, avec nos pleurs, et dont nous ne voyons rien de l'exemple qu'elles peuvent susciter, de l'admiration qui nous est inconnue, du respect qu'elles ont imposé à d'autres qui ne sauront jamais nous les dire, qui ne peuvent pas les exprimer. Mon amour n'est pas un amour de la peur du vide, il n'est pas la continuité du cumul de nos présences, il n'est pas défini comme une somme de sacrifices durement accumulés que je refuserais d'abandonner, car ils auraient été vains, puisque ils auraient été incorporels et volatils. Mon amour est dur, plus intransigeant avec moi-même qu'avec n'importe qui, plus rigoureux aujourd'hui qu'il n'était hier. Parce que je me sens plus fragile, plus difficile à atteindre, plus difficile à séduire. Et si cet amour, conclu il y a si longtemps, et avec toute la légèreté de nos jeunesses, a tenu si longtemps, s'il nous a donné l'occasion de rendre tant de nos gestes sacrés, s'il est devenu pour nous ce fil si long que nous avons tiré ensemble, ce n'est peut être pas pour qu'il se casse si facilement, au bouleversement de nos vies particulières, aux abandons irrémédiables de nos enfants, aux visions trop verticales de nos descendances.

    Alors, que ce soit en silence, que ce soit avec mes yeux, ou par un geste d'offrande pratique, qui est malheureusement un des seuls signes que la nature nous a donné pour codifier nos élans et nos scellements de serments, je te fais de moi la preuve de mon amour. Et je crois, dans ton silence, que tu ferais de même. Jusqu'au moment où nos orgueils auront été anéantis par nos raisons, jusqu'au moment où nous aurons basculé du sommet de nos égoïsmes pour tomber, pour un moment encore, dans le soulagement commun de nos vies duales, de nos rapprochements sécuritaires, de nos luttes communes contre ce qui nous divise.

    Et ce temps-là vient ...

     

    (c) Pablo Robinson- 04/2008