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la plage de Robinson - Page 9

  • Confinement: jour 10

    (vendredi 27/3/20).


    Mais que faire pour se rendre utile quand on est confiné au milieu du désert ? Comme je disais l'autre jour, cette chance que nous avons de vivre à notre époque est d'être en contact quasi-permanent avec le monde entier, et d'avoir accès à une quantité colossale d'informations. Mon ange d'épouse me dit derrière sa caméra qu'il ne faut pas s'obnubiler sur ce sujet. Ben tiens... Elle a raison ma chérie, surtout quand les infos que l'on reçoit sont biaisées par les intérêts de toutes sortes, à commencer et surtout politiques...

    Un exemple: sur le site de référence que j'ai déjà donné (gisanndata.maps etc...) les données chinoises n'ont pas bougé d'un pouce depuis plus d'une semaine. Ne vas pas me faire croire que d'un coup d'un seul il n'y a plus aucun nouveau cas ni aucun décès dans ce pays de plus d'un milliard d'habitants en 24 heures ! non, la courbe chinoise doit très logiquement suivre celle des autres pays, ce qui me fait penser que tout est faux. A comparer, les USA, pays démocratique et ouverts à l'information publient en temps réel ce qui se passe: les chiffres se passent de commentaires...

    J'ai trouvé un document - un peu long et technique, je le reconnais - mais qui explique très clairement le pourquoi et le comment de cette chose qu'on appelle un virus. Eclairant ! je le mets en fin de document...

    C'est shabbat ce soir. Ma chérie d'épouse m'avait concocté des repas qu'elle avait surgelé. Lorsque je suis arrivé à l'aéroport, il y a maintenant 10 jours, ma fille a posé les clés de mon Jimny sur le capot de la voiture et m'a dit de loin: "papa, tout est dans la voiture, bienvenue en Israel, on t'aime". Je venais de faire plus de 35 heures d'avion, il faisait nuit, et je devais encore faire 200 kilomètres pour rejoindre la yourte. Dans la voiture, elles avaient préparé le ravitaillement, du linge de rechange, et ce repas de shabbat que je vais manger ce soir, à petite dose, pour imprégner chaque cellule de mon être de l'amour qu'elle a mis pour le préparer...

    Le document :
    Le virus n'est pas un organisme vivant, mais une molécule de protéine ( ARN ) recouverte d'une couche protectrice de lipide (graisse), qui, lorsqu'elle est absorbée par les cellules des muqueuses oculaires, nasales ou buccales, modifie leur code génétique. (mutation) et les convertit en cellules agresseurs et multiplicatrices.

    * Comme le virus n'est pas un organisme vivant mais une molécule de protéine, il n'est pas tué, mais se décompose de lui-même. Le temps de désintégration dépend de la température, de l'humidité et du type de matériau où il se trouve.

    * Le virus est très fragile ; la seule chose qui le protège est une fine couche de graisse extérieure. C'est pourquoi tout savon ou détergent est le meilleur remède, car la mousse COUPE la GRAISSE (c'est pourquoi il faut frotter autant : pendant 20 secondes ou plus, pour faire beaucoup de mousse). En dissolvant la couche de graisse, la molécule de protéine se disperse et se décompose d'elle-même.

    * La chaleur fait fondre la graisse ; c'est pourquoi il est préférable d'utiliser de l'eau à plus de 25 degrés Celsius pour se laver les mains, les vêtements et tout le reste. De plus, l'eau chaude fait plus de mousse et cela la rend encore plus utile.

    * L'alcool ou tout mélange avec de l'alcool à plus de 65% DISSOUT TOUTE GRAISSE, en particulier la couche lipidique externe du virus.

    * Tout mélange avec 1 part d'eau de javel et 5 parts d'eau dissout directement la protéine, la décompose de l'intérieur.

    * L'eau oxygénée est utile longtemps après le savon, l'alcool et le chlore, car le peroxyde dissout la protéine du virus, mais il faut l'utiliser pure et elle est nocive pour la peau.

    * AUCUN BACTÉRICIDE NE SERT. Le virus n'est pas un organisme vivant comme les bactéries ; elles ne peuvent pas tuer ce qui n'est pas vivant avec les antibiotiques, mais elles désintègrent rapidement sa structure avec tout ce qui est dit.

    * Ne jamais secouer chez soi les vêtements, draps ou tissus usagés ou non utilisés. Bien qu'il soit collé sur une surface poreuse, le virus est inerte et ne se désintègre qu'entre:
    - 3 heures (tissu et poreux),
    - 4 heures sur le bois, (peut-être parce que le bois lui enlève toute l'humidité et ne le laisse pas se détacher et se désintégrer)
    - 24 heures (carton),
    - 42 heures sur le métal (sauf sur le cuivre, car il est naturellement antiseptique)
    - 72 heures sur le plastique.
    Si vous le secouez ou utilisez un plumeau, les molécules du virus flottent dans l'air pendant 3 heures et peuvent se loger dans votre nez.

    * Les molécules du virus restent très stables dans le froid extérieur, ou dans le froid artificiel comme les climatiseurs des maisons et des voitures. Elles ont également besoin d'humidité pour rester stables, et surtout de l'obscurité. Par conséquent, les environnements déshumidifiés, secs, chauds et lumineux les dégraderont plus rapidement.

    * La lumière UV sur tout objet pouvant en contenir décompose la protéine du virus. Par exemple, désinfecter un masque avec un éclairage UV permet de le réutiliser. Attention, la lumière UV à haute dose décompose également le collagène (qui est une protéine) de la peau, ce qui finit par provoquer des rides et le cancer de la peau.

    * Le virus ne peut pas traverser une peau saine.

    * Le vinaigre n'est PAS utile car il ne décompose pas la couche protectrice de graisse.

    * aucun spiritueux ni vodka, ne sont utiles. La vodka la plus forte est à 40% d'alcool, et il vous en faut 65%.

    * LA LISTERINE, SI, ELLE SERT ! C'est de l'alcool à 65%.

    * Plus l'espace est confiné, plus la concentration du virus peut être élevée. Plus l'espace est ouvert ou naturellement ventilé, moins il y en a.

    * C'est déjà maintes fois répété, mais il faut se laver les mains - après avoir touché de la nourriture, des serrures, des boutons, des interrupteurs, une télécommande, un téléphone portable, des montres, des ordinateurs, des bureaux, une télévision, etc. Et quand vous utilisez les toilettes.
    - avant de se toucher les yeux, le nez, la bouche et toute muqueuse humide de son corps.

    * HUMIDIFIER LES MAINS SÉCHÉES avec un hydratant corporel stérile après les avoir lavées, car les molécules peuvent se cacher dans les micro-fissures. Plus l'hydratant est épais, mieux c'est. * Garder aussi ses ONGLES COURTS pour que le virus ne s'y cache pas.

    Voilà. Je souhaitais me rendre utile, j'espère que cela t'éclairera et t'aidera.

  • Confinement: jour 9

    (26/03/20)

    C'est bizarre, j'ai été réveillé par une révélation, sous la forme d'une chanson des années 70: "le jour de clarté", de Graeme Allwright. Tellement bizarre que ce soir, quelque chose me dit que c'est bien ce qui s'est passé aujourd'hui.

    La journée était morne. temps gris, petit déjeuner maussade (j'ai raté ma galette journalière faite d'un oeuf mélangé avec un verre d'eau et 5 cuillères de flocons d'avoine, le tout mis à cuire à la poêle des deux cotés : en la faisant sauter, elle a dérapé dans le virage et s'est vautrée à cheval sur l'ustensile de cuisson, grrr) et je ne retrouvais pas une photo de Ben Gourion recevant un bouquet de fleurs d'une petite fille dans les années 40.

    La solitude a ceci de particulier qu'elle induit une remise en question permanente sur les choix individuels: n'étant confronté à aucune obligation partenariale ou familiale, je me demande toujours si c'est ceci ou cela que je dois faire... j'ai opté aujourd'hui pour cela. Tant pis pour ceci, ce sera pour demain. Donc cela consistait à partir en expédition punitive pour effectuer une extraction de sacs en plastique perchés au fond d'une colline, une autre que celle d'hier, repérés à la jumelle.

    Me voilà donc parti, presque de mauvaise humeur, sac sous le bras, les yeux rivés trois mètres devant, avec le secret espoir de rencontrer un animal pouvant me servir de confident, pendant quelques heures de prise d'otage, le temps de faire connaissance, et peut-être de s'apprivoiser comme dans un livre de Saint-Exupery ... Mais à part des sacs et des bouteilles en plastique, je n'ai rien rencontré que des cailloux luisant au soleil et des terriers abandonnés. Mais j'avais la satisfaction d'avoir nettoyé un peu plus la nature, et je me sentais fier de pouvoir faire un tour d'horizon avec mes jumelles sans croiser du regard les formes inopportunes et rudement colorées de ces fichus sacs volants issus des centres commerciaux lointains, véritables verrues incongrues dans mon paysage d'ascèse et de beauté.

     

    J'y reviens: il semble que ce soir l’imbroglio politico-comique de nos élus locaux, ici, en Israel , se soit enfin dénoué. Les chiens ne fraient pas avec les chats, même si, à l'instar du dessin animé "Fievel et le nouveau monde", certains chats se soient déguisés un temps en souris pour se glisser dans la niche du chien... Evidemment tout le monde a eu peur, mais ça ne dure qu'un temps: l'évidence de l'intelligence a fini par prendre le pas sur la bêtise. les choses se sont remises à leur place, comme après une grosse pluie... Bref, pour ceux qui ont les yeux ouverts, c'était bien un jour de clarté.

     

    https://www.youtube.com/watch?v=u_NrZ67YP9U

  • Confinement: jour 8

    (26/3/2)
    Ce matin, le ciel était laiteux, et la poussière fermait l'horizon au faîte des collines alentour. Je suis resté collé le nez sur mon écran, longtemps, tâtant le pouls du monde, scrutant un espoir, une nouvelle apaisante... mais non. Rien. la courbe monte, l'érection exponentielle devient une droite à angle élevé, suivant un angle proche de 30 degrés. on a dépassé les 400 000 cas, mais aussi les 20 000 morts. Mes adorables voisins, qui ne sont pas jeunes, sont terrorisés par le virus, ont peur de tout ce qu'ils touchent au-delà de leur maison du désert, mais ils vont faire les courses dans le kibboutz pas loin et me rapportent ce qui me manque: de la sauce tomate. c'est bien gentil d'avoir des pâtes en stock pour une durée de guerre improbable, mais sans sauce tomate ....

    J'ai renoncé à aller chercher le cadavre de la baignoire. Demain, peut-être. Dans le désert, rien ne presse, ni les pas dans le sable, ni l'avancée de la dune lorsqu'elle se laisse entraîner par le vent.

    J'ai préféré prendre un cabas et aller à la chasse aux déchets dans la colline du sud. je suis tombé sur des câbles électriques abandonnés dans les caillasses. Ce sont des câbles fins utilisés par les militaires pour faire exploser des charges explosives, comme on pouvait les voir dans les films de guerre, avec celui qui cavale avec un dérouleur vers celui qui tient la dynamo qui fera le court circuit pour tout faire péter... en enroulant ces ficelles électriques autour de mon bras, je revois mentalement ce moment dans le film "le pont de la rivière kwai"...

    J'ai fini. dans mon cabas sont enroulées 5 bobines de fil électrique de plus de cent mètres chacune. c'est lourd, mais je suis content d'avoir débarrassé la nature de ces traces de violence passée, d'avoir défiloché les fils qui entravaient les arbustes rabougris de la colline et les plantes rasantes qui tâchent de fixer la poussière sur les cailloux.

    Le silence s'est posé ce soir, le vent est parti se coucher, les chiens des bédouins commencent leur mélopée nocturne, apeurés par les hyènes qui rôdent...

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  • Confinement, jour 7

    (mardi 24/3/20)

    j'avais décidé à l'aube qu'aujourd'hui je partirai en exploration lointaine dans mon désert. Je dis ça comme ça, mais en fait mon but était d'aller inspecter une baignoire abandonnée dans les dunes au bout de la vue de mes jumelles, à quelques milliers de pas comptés dans le sable. Si cette chose était récupérable, je l'aurais transporté chez mon voisin, amateur d'hétéroclite . Il en aurait fait probablement une oeuvre d'art, sculptant des fresques dans l'émail qui couvre la tôle ou la fonte, et vernissant son travail pour que les fesses des dames puissent se frotter aux délicates frises qui formeraient des fleurs improbables et des lianes voluptueuses...

    Sur le chemin j'ai observé toutes ces fleurs écloses avec la pluie du printemps: toujours petites, toujours délicates, blanches, roses, jaunes, dorées, elles colorent le fonds ocre devenu vert du désert, peu de temps, certes, mais assez pour rassasier les moutons de la bergère bédouine, véritables goinfres des raretés de la nature.

    Et plus je les observais, plus je m'étonnais du silence de cette tapisserie incongrue. Rien. pas un vrombissement d'ailes, pas un miaulement discret d'abeilles affamées de pollen. Aucune fleur n'était visitée par un pollinisateur quelconque, abeille, bourdon, mouche, papillon. J'avais beau aller d'un tapis de fleurs à l'autre, silence total. Pourtant il faisait beau, le soleil chauffait mes épaules autant que le sable, et je ne trouvais pas de raison valable pour justifier l'absence des abeilles. Sans elles, les fleurs ne feront pas de graines, sauf si le vent emporte avec lui les pollens et les redistribue alentour...

    Je suis arrivé finalement à ma destination. Une baignoire penaude, échouée dans la dune comme une barque qui aurait pu porter Moïse, portant comme une laisse un cordage qui avait dû servir à la traîner là, épave surréaliste d'une civilisation à l'agonie. Elle n'était pas en tôle, mais construite en fibre de verre, et elle était éventrée sur un coté. Mon voisin n'en voudra pas. Demain, peut-être, je la traînerai derrière ma Jimny, comme une carcasse morte, et je la déposerai près de la benne à ordures. Même dans le désert, on a un service de nettoiement municipal.

    Sur le chemin du retour, j'ai encore observé les fleurs, tout en ramassant les plastiques apportés par le vent.On n'imagine pas dans les villes le chemin que peut faire une bouteille en plastique ou un sac du même nom lorsque le vent commence à jouer avec. Dans le désert, on en ramasse sur des kilomètres...

    J'ai fini par renter dans ma yourte. Finalement, je crois que les abeilles font comme moi. Elles sont confinées.

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  • Confinement: jour 6

    (lundi 23/3): Cette chance qu'on a, de vivre ce moment maintenant. Rester enfermé et pouvoir converser avec le monde entier, se voir, se parler. Qui n'a pas "au moins" un téléphone portable ET le réseau internet qui va avec ?

    Même ma bergère bédouine a le sien, ses moutons me l'ont dit. Lorsqu'elle s'assoit à l'abri du vent, il y a toujours quelques agneaux qui viennent se coller à ses basquettes (nike) et la regarder comme si elle était la sainte vierge. Je me demandais pourquoi... J'ai fini par comprendre: elle leur passe shaun le mouton, version arabe, sur son portable.

    Ce matin, j'étais réveillé avant l'aube. Je voulais voir le jour naître, le soleil se lever. J'ai construit ma yourte en plantant trois piquets un 21 mars, jour d'équinoxe. Ils étaient alignés sur le lever du soleil ce jour-là, très précisément. Le premier piquet définissait le centre le la yourte, le deuxième représentait l'axe de la porte d'entrée, et le troisième, planté sur la hauteur plus loin, s'alignait sur le lever du soleil.

    Ce matin, malgré le froid, je me suis mis devant la porte, grande ouverte, et je l'ai vu se lever. Passer de l'aurore à l'aube, puis de l'aube au lever du jour, puis regarder le disque s'élever lentement au-dessus de la colline...

    Oublier à cet instant le monde. Regarder l'univers remuer lentement, comme une danse ralentie. Observer le changement des couleurs, l'éveil des lumières et des ombres. Se faire tout petit, respiration insignifiante, immobile comme les pierres alentour, le temps d'inonder mon âme de cette béatitude...

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  • confinement: jour 5

     

    Confinement, jour 5 (dimanche 22/3).
    Le soleil a fini par se lever et chasser l'aurore. Les ombres à l'aube, dans l'air lavé de la pluie nocturne, sont plus nettes, et les dunes passent lentement du brun au jaune, en passant par les ors du ciel. Un bédouin muezzine sa mélopée au loin, c'est cela qui m'a sorti de mon rêve.

    Plus tard, le soleil a réveillé celui que j'appelle "l’œil de Soron", en référence à la saga du seigneur des anneaux: à quelques kilomètres a été érigée une tour de 300 mètres, surmontée d'un capteur solaire circulaire, dans lequel se reflète le soleil par le biais de 50 000 miroirs*. Bien qu'ils ne reflètent pas tous le disque brûlant en même temps, c'est quand même suffisant pour chauffer de l'eau sous pression à 550 degrés et faire ainsi de la vapeur et, par suite, de l'électricité.

    Ça me fait peur.

    Pas que je sois un trouillard de nature, pas non plus par peur de la technologie thermodynamique, vu que je mange avec depuis des années. Non, ce qui me fait peur, c'est que cette centrale est quasiment automatique. Hier, il pleuvait, l’œil de Soron était éteint, et je croyais que c'était parce que tout le monde était rentré se confiner chez soi... Mais non ! Dès le soleil levé, le monstre a ouvert son œil et s'est mis à scruter l'horizon... Un peu plus tard, la vapeur des turbines a commencé à s'effilocher dans l'azur nouveau. Je me demande si la machine ne tournerait pas toute seule une fois que nous aurions disparus, activant ses automatismes que nous lui avons programmés...

    Au moment de ces lignes, le monstre s'est assoupi. Il clignote de ses loupiotes rouges pour dire qu'il est là, tapi dans l'obscurité naissante, en attendant que demain le soleil se lève.

    ps: cette diablotine de bergère bédouine qui ne fait que passer devant moi tous les jours n'est pas une bonne bergère: elle a beau se cacher derrière son voile, mais je vois bien qu'elle passe son temps à causer dans son téléphone portable au lieu de mener son troupeau. J'ai dû même aller repousser les agneaux et leurs mères qui venaient brouter mes belles fleurs du printemps: de près, je vous le dis, un agneau porte bien son nom: il te regarde avec une innocence et une ingénuité qui ferait fondre n'importe quel boucher...

    * voir ici: https://www.israelscienceinfo.com/…/la-percee-israelienne-…/

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  • confinement: jour 4

    Confinement, jour 4 (samedi 21/3). ah ! le samedi ! le repos et l'étude. Rentrer dans le Livre, et commencer la lecture hébraïque de ces mots extraordinaires, chercher leur sens, traduire, comprendre, déchiffrer la cohérence entre le Message et ma vie, l'âme des mots et l'âme de mon être. Je me fonds dans cette Histoire qui n'est pas une histoire, et ce qui m'inspire dans la compréhension des mots et me rapproche du divin, transforme mes sens en évolution de philosophie et de sagesse. L'étude devient un moment de prière et de béatitude qui me laisse vidé de tout et harassé de fatigue, comme si j'avais couru un marathon.

    Il a plu cette nuit, des pluies hâtives et des pluies tardives comme le dit la prière du matin. Alors je me dis que c'est un signe des temps. La pluie dans le désert est toujours un événement particulier.

    Par la fenêtre je regarde comment les eaux du ciel font l'amour avec la terre, comment les plantes dansent sous l'averse, comment courent les nuages sur les dunes, affolant les herbes hautes et les arbustes et effrayant les oiseaux. Il pleut encore alors que le jour s'échappe, la terre et le sable se rassasient et exhalent un parfum d'humide et de mousse.

    Entre deux lectures, j'ai mis mon nez dehors. Mon voisin a laissé devant ma porte une soupe et du pain. J'ai l'impression de revenir encore au temps d'Abraham, quand les gestes les plus simples étaient aussi les plus doux, quand le Divin se mêlait aux hommes et cachait encore sa Face pour ne pas les effrayer.

    Ici c'est vraiment la terre sainte.

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  • confinement: jour 3

    confinement, jour 3 (vendredi 20/3). c'est vendredi. Habituellement l'ange qui est chargé de moi depuis si longtemps et que mon amour a investi depuis ce premier jour de notre rencontre dans un escalier en bois d'une maison de Toulon, mon ange, donc, est à mes cotés. Habituellement, je me laisse asticoter par elle pour rendre des menus services, ceux-là même qu'on refait chaque jour et que l'on croit chaque jour inutile et éreintant: balayer la maison, laver le carreau, nettoyer les vitres, étendre le linge, ramasser ceci et ramasser cela (des affaires et des objets qui reprendront leur place quelques heures plus tard, ou quelques jours, ça dépend des humeurs), et, le plus important, aller faire les courses, avant midi bien-sûr, car tout doit être prêt pour le repas de shabbat... Mais là, je suis seul dans ma yourte. J'ai donc balayé les grains de sable que le vent pernicieux s'amuse à glisser sous la porte, j'ai même aspiré ceux qui s'étaient cachés dans les rainures du parquet. J'ai lavé le vitres. J'ai curé le cul de la seule casserole qui me nargue depuis son étagère, tout en surveillant les allées et venues des filles du bédouin dans les dunes alentour, et les rondes silencieuses des aigles au-dessus des troupeaux.

    La pluie est arrivée après que le soleil se soit enfui derrière les collines. Des gouttes disparates qui tambourinent sur la toile de la yourte, un murmure apaisant qui me renvoie à mon enfance, quand nous campions sous la tente en été et que l'orage de la montagne éclatait le soir, nous effrayant de ses éclairs, puis de ses tonnerres, puis de ces gouttes qui ploquaient sur la tente, nous endormant finalement en suçant nos pouces...

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  • confinement: jour 2

    Le vent s'est levé, froid, agressif. Il fait trembler la toile de la yourte, j'ai l'impression de vivre dans un bateau... Ce matin, les filles bédouines ont accompagné les troupeaux autour de mon champ de vision. Sous les robes longues et noires, et derrière leur voile qui dérobe leur yeux à la vue, je devine des silhouettes fines et altières, habituées à marcher tout le jour. Je m'évade un instant dans un univers sans histoire, revenant au temps des fils d'Israel, aux troupeaux de Laban, aux pérégrinations nomades qui ont passé par ici trois mille ans avant moi. Elles se sont assises sur le dos d'une dune, elles rassemblent un peu de bois et sortent de leur sac une casserole, font du café. Je les observe de loin tapi derrière ma fenêtre avec mes jumelles. Elles se parlent mais je n'entends rien. Elles ont des gestes gracieux pour se montrer avec les mains ce que les mots ne peuvent pas dire, on dirait des chorégraphies délicates qui jouent avec le vent, une danse minuscule au milieu des agneaux qui les entourent... le rêve s'évanouit d'un coup: elles ont des chaussures Nike et elles ont sorti leur portable ...

    Loin d'ici, dans un hôpital inconnu, un ami vit ses derniers instants. Seul son fils l'accompagne et reste près de lui. Les sédatifs l'ont déjà arraché à la conscience et seule son âme pourrait sentir que nous sommes tous à ses cotés pour ce voyage. Le vent s'apaisera un moment lorsqu'il mourra, ce sera le signe, peut-être, pour me rappeler que nos vies sont éphémères mais précieuses, et nos âmes sensibles aux autres.

    Voilà, le soleil a disparu, il laisse un ciel blafard. Il doit y avoir un mariage bédouin au loin, des bribes de musique arrivent jusqu'ici, comme des lambeaux de bonheur que le vent transporte et parsème avec le sable. J'ai regardé les fleurs qui persistent à résister dans la rocaille, elles sont belles, humbles et vaillantes, elles feront avec audace les graines pour l'année prochaine que le sable cachera des chaleurs et de la sécheresse...

  • confinement: jour 1

    Après avoir survolé la moitié de la planète, me voilà au bout du monde. Autour de ma yourte, les rapaces font leur ronde dans le soleil, les agneaux nomades courent après leur mère en bêlant, et la fille du bédouin arrache les branches mortes sur les arbustes et les entasse dans les fontes de son âne. Il a plu hier, c'est pas commun ici. Le vent montre avec indécence les étamines noires des tulipes sauvages, il soulève leur robe carmine inversée, comme des tutus de danseuses immobiles et secrètes. je fais l'inventaire de la création qui m'entoure, comme si demain tout disparaissait...