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îles

  • voeux 2010

    voeux 2010 03.jpgSous les ombres tropicales, je me suis réveillé décembre, déjà dans le creux du matin, déjà saoûlé de ces temps qui émaillent la vie, déjà repu de chaleur, en faim d’autres choses inconnues. J’attends des jours qui viennent qu’ils m’apportent une renaissance, un croisé du soleil avec mes yeux, un éblouissement qui m’éveillerait de l’aveugle que je suis devenu.

     

    A entendre les ressacs de la mer, les allées et venues de l’eau perpétuelle, l'usure des roches altérables, en chuintements imparfaits et sonores, je mesure à petits pas les limites de nos mondes, le franchi d’un jour de marche sur la grève, tandis que les vagues effacent mes pas derrière moi.

     

    Et lorsque je m’endors, rien de la nature ne change autour de moi, sinon la course des astres, sinon le remuement fébrile du végétal et de l'animal, qui, petits ou grands, finissent par s’endormir aussi, après un bref parcours, se croyant déjà plus loin dans leur temporel inimaginé.

     

    Mes songes de Socksann ne me donnent plus l’éveil de l’initié, ni la trempe d’acier du vent gelé qui fouette mon visage à la douloureuse marche de la nuit, ni la force têtue qui me faisait marcher sans trêve sur des traces inconnues…

     

    Et quoi ? A la ville, il ne resterait rien de l’effleurement minéral, du touché des doigts sur le velours de la pierre, de ces senteurs subtiles d’essences remontées de la forêt, il n’y aurait plus que des dégradés gris, froids, lointains, comme des brumes de marais à la lune sortie, dans un univers urbain, solitaire, écœurant, triste, où l’âme serait perdue, périe de solitude, d’abandon, d’indifférence, errante dans des rues sans lumière où les murs n’auraient plus que la chaleur des mots tracés du désespoir de tous…

     

    Mais justement, voici que les nuages se déchirent. Et je m’approche du mur. Les mots gravés, peints, écrits, tracés, sont des mots d’amour, jetés les uns sur les autres, en couleurs chaudes comme du sang.

     

    A la lumière nouvelle du soleil renaissant, les serments d’amour gravés là prennent leur force, le volume des cœurs grandit, les noms inscrits pétillent et donnent à la fresque des allures festives, des tons de liesse que le soleil tout à coup enflamme.

     

    Ils sont deux, ils sont quatre, ils sont cent, des milliers, qui chaque jour sont venus confier à ce mur sombre leurs espérances les plus douces, à graver dans le stuc, par-dessus d’autres noms déjà exaucés, leurs propres initiales, mettant ainsi en scène l’alliance de leur amour, pour un futur radiant.

     

    Ma vision s’épuise, au loin disparaît Vérone, la maison de Juliette, les dalles usées par les pas de danse, les brumes lacustres et alpines, et je retrouve le calme sérénal de ma forêt tropicale qui s’endort. De ce crépuscule naîtra une vie nouvelle, faite de pas de deux, faite de tendresses, faite d’espérance. A l’aurore nous irons voir danser les frégates dans l'alizé revenu, jusqu'à toucher les nuages, et nos yeux s’empliront des bleus du monde….  

  • lettre fulgurante pour Elle

    Le soleil plombe depuis une heure sur le toit de la voiture. Fenêtres ouvertes, dans l'embouteillage entre l'aéroport et Fort de France. Patience. Petites avancées pas à pas, l'esprit ailleurs. Et paf! soudain, fulgurante, l'image subliminale d'elle apparaît, là, en pleine chaleur de midi tropical. Une estompe entre l'air vibrant, les voitures devant, le rien de la pensée à ce moment-là. Ca prend pile en dessous du sternum. Une envie de larguer tout ça, de descendre de la voiture en claquant la porte, d'aller à pied vers l'aéroport, de sortir la carte bancaire et de prendre le premier billet qui va vers Paris...

     D'un seul coup j'entrevois la bruine à la sortie du couloir d'Orly, la fraîcheur presque douce du matin de printemps. Sauter dans un taxi, et aller à l'île saint louis renifler les parfums du marché aux fleurs. Traverser la Seine, remonter Saint Jacques et puis aller à l'entrée des catacombes, là, entre le bistrot du coin et l'autre marchand de fleurs, tourner autour du lion et redescendre vers le jardin du luxembourg.

    Ou encore fuir d'un coup d'avion au-dessus des Alpes, survoler le lac majeur et fondre comme une pierre sur la plaine de Vérone, traverser le parking à la hâte et  entrer dans le petit magasin pour dévorer quelques parts de parmezziano entre regardant ses yeux brillants de plaisir.

    La voiture devant avance encore. Un visage apparaît encore, plein du soleil de la Mer Morte, une peau bronzée, lisse, de visage aimé et tendre. Flou nouveau et la revoilà accroupie dans la mer, un masque collé aux yeux, pour regarder les petits poissons colorés du récif. Elle revient derrière moi, je sens son corps contre mon dos, vibré par le moteur de la moto.

    10 secondes seulement et la route se libère.

    Presque pas grave si elle n'est pas là, si elle fait semblant de ne rien voir, de ne rien entendre , d'oublier ces moments partagés... son image est collée devant mes yeux, en transparence, comme une manière d'adoucir l'aveuglant du soleil d'ici. Personne se saura rien de ces moments. Personne sauf elle, si elle y croit, sauf elle si ......

     Non, rien. c'était une moment de fulgurance sur une voie express, chaude, tropicale, lointaine. trop lointaine pour qu'elle le sente. Une rechute d'amour, peut être.

    (c) Pablo Robinson- 03-2008