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Nuit de guerre

Nous avons marché en silence une partie de la nuit. Je suis fatigué par le froid et la course. A la pause je me suis endormi, comme dorment les soldats dans les trains de nuit, hagard et somnambules, ballottés par les secousses des voitures, dans l’air surchauffé et puant. Mais la pose c’est sur les cailloux gelés du fond des montagnes mongoles, dans le silence du ciel nu sur nos têtes, coiffés par des étoiles sans nom. Je rêve comme chaque nuit à la chimère de mon amour laissé si loin. Je me remets dans le voyage et les routes qui m’ont mené ici. Les marches le long de couloirs sans fin d’aéroports, l’attente d’avions sombres chargés de mort, le voyage aveugle dans la nuit de la guerre, les rassemblements des unités, la formation des équipes, le départ des commandos. Dans la lumière jaune des vallées, nous avons croisé ces hommes durs travaillés par des générations de haine, lancés dans la vie à coups de couteau. Je suis abruti de leur cruauté envers les femmes, de leur absence absolue de tendresse. Dans le songe qui s’installe en moi, la tristesse a fait place aux sanglots qui secouent les images de mon rêve, qui me transporte soudain dans mon île. Solitude d’une promenade, je regarde de loin la source, assis sous les feuillages. S'élève la pensée, elle voyage, elle se pose sous la pierre ocre, à l'autre bout du monde, entre une pile de livres et un mur fendu. Elle sent la peau, l'odeur des cheveux. Elle pose une main mentale sur une main fraîche, elle guide une caresse tendre sur la tempe, puis descend vers la joue... Elle est là, vivante, vibrante, tendue dans son rêve éveillé, elle se laisse guider par la voie mentale, jusqu'à ce plaisir douloureux de se sentir choyée par une force lointaine, inaccessible, et pourtant si tendre, si aimante... Alors, ils me disent, en me réveillant à coups de pieds, que j'arrête de rêver à mon île....

©Pablo Robinson-06/2005

 

 

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