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Deuxième conte de la nuit des temps

Eve

Quand l’esprit d’Amour lié de deux êtres qui s’aiment sort du Grand Rien

alors qu’ils n’ont rien fait d’autre

que de douter

que de sentir le bonheur si merveilleux qu’il en devient fragile,

si tendre qu’il fait peur du réveil.

C’est de l’injustice.

Paternité et maternité d’Amour de l’humanité,

nés de la conscience,

nés du secret du savoir,

nés du Grand Rien du Créateur qui sait qu’il ne sait pas,

la limite mathématique de l’instant qui est.

Maître du temps qui tient le chronomètre,

prêt à appuyer quand la conscience naîtra,

Quand Eve et Adam sauront qu’ils sauront.

Eve de son doute a tiré Adam du Grand Rien

Mais ils sont encore Esprits dans la nuée du monde

Errants enlacés sans yeux et sans voix

Amants invisibles d’un invisible Amour

qu’aucun ne verra mais qu’ils m’ont raconté

Plus tard, dans une autre vie, un autre été.

Eve et Adam ont cherché le repos,

La fin du rêve, la fin de l’absolu.

Puis la Création, les plantes, les animaux,

Cette sale histoire de terre, de côte, de femme,

cet homme qui n’était pas, on ne savait trop.

Qui a dit cela, jamais on ne saura.

Eve est tombée dans la conscience des hommes.

Adam s’est résigné à se tenir nu et debout,

Lui qui était, sans sommeil et sans vie,

Eternité sans temps, sans nom, sans cris.

Planète bleue, nuages, pluies, terre jaune et sel.

Eve ouvre ses yeux, elle pleure, elle gémit.

Adam est là, nu, au soleil, il a conscience maintenant qu’il vit.

Ils ont traîné, de leurs membres nouveaux,

de la plage à la glèbe,

irrités tout à coup de la faim qui naissait,

grattant malhabiles la terre de leurs ongles à chercher la provende

avec la peur au ventre,

surpris d’oublier qu’ils étaient faits d’Amour,

Et pas de terre et d’eau et de viscères.

Oubliés le Créateur et l’insidieux, l’entité et le destin,

Eve et Adam ne gardent que l’Amour et l’instant.

Et c’est de leurs membres débiles qu’ils célèbrent ce temps.

Les soleils ont passé, nombreux et embrasés,

Eve est ronde et Adam réfléchit.

Ils sont seuls et n’ont jamais parlé,

Gardant de l’Invisible la trace de l’Amour.

Puis un jour Eve crie, se débat, se rebiffe,

Son corps s’ouvre, s’écarte et se plie,

Et un cri jaillit qu’ils n’avaient entendu

Amour visible de l’invisible perdu,

l’enfant est là,

Caïn de l’Humanité,

Inventeur de la Parole et du Testament,

Premier né pour les autres à venir.

 

Pablo Robinson © janvier 1996

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