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08.05.2007
-1- Barri
Barri s'était posé la question. Longtemps. Il connaissait Dania depuis 5 ans maintenant, mais il avait l'impression qu'elle faisait partie de sa vie. Au début, il lui envoyait des messages gentils, des boutades, des petits mots pour lui remonter le moral. Barri sentait bien que Dania n'était pas toujours au mieux de sa forme, qu'elle avait de temps en temps des crises de moral, qui viraient presque à la dépression. Aussi, lorsqu'il sentait cette perte de tonus, il lui envoyait des lettres plus sérieuses, des conseils, comme s'il s'était agi de sa propre fille, ou de sa soeur, ou d'une amie d'enfance. Puis avec le temps, ces messages étaient devenus des partages plus profonds, des actes de complicité où l'un et l'autre partageaient leur intimité, leurs peines, leurs envies. Barri était persuadé d'aimer Dania comme il n'avait jamais aimé quelqu'un, et il était convaincu que Dania partageait ces sentiments. La relation épistolaire qui s'était installée entre eux était devenue une véritable addiction. Ni l'un ni l'autre ne pouvait supporter plus de 24 heures sans lire un mail ou recevoir une photo de l'autre. Barri avait tenté de s'en défendre, il avait essayé de ne plus écrire à Dania, d'effacer systématiquement les messages reçus sur son ordinateur ou sur son portable. Mais il sentait bien que sans les réponses que Dania attendait, elle perdait pied, elle s'étiolait comme une fleur coupée et laissée sans eau. Quant à lui, il ne cessait de penser à elle, cela le minait, il avait l'impression de trahir une promesse. Alors il envoyait un mail de reconnaissance, avec un mensonge pour dire qu'il était parti dans un coin du monde où il ne pouvait pas communiquer. Dania faisait semblant d'y croire, elle lui pardonnait d'avance ce mensonge là, car elle savait qu'il ne serait jamais parti loin d'elle, elle voulait dire sans la possibilité de la joindre d'une manière ou d'une autre, sans l'avertir avant. Dania pensait même que lorsque cela était le cas, Barri lui préparait des textes longs, qu'elle prendrait plaisir à traduire lentement, comme on suce un bonbon au goût merveilleux. Ces deux-là avaient entre eux une complicité que personne d'autre au monde n'aurait pu partager. Il n'y avait rien de dramatique dans cette relation du bout du monde, rien de douloureux. Barri pensait que c'était juste de l'amour, un amour comme il n'aurait su le définir, lui, si intelligent, si sensuel. Et lorsqu'il partait en Europe, et qu'il avait l'occasion de rencontrer Dania entre deux avions, il échafaudait des plans de retrouvailles, il s'imaginait l'attendre à la sortie de l'aéroport, ou encore il rêvait que c'était elle qui l'attendrait, habillée avec un tailleur couleur bois de rose, avec une jupe courte, avec des hauts talons, et ses cheveux rangés en queue de cheval, avec des lunettes noires qui l'aurait fait ressembler à Jackie Kennedy. Barri ne doutait pas que Dania ait des rêves identiques, Elle lui en racontait toujours un petit bout, avec, pensait-il, l'intention de le provoquer gentiment, de le faire rêver encore plus. Mais si l'un et l'autre pensaient à ces moments où ils se retrouveraient, Barri s'arrêtait aux sensations de la tenir dans ses bras, de l'emmener visiter les villes du monde qu'il connaissait, de rire avec elle, de la regarder à la dérobée, comme cela arrivait lorsqu'ils branchaient leur caméra sur le net, de partager un repas dans un petit restaurant presque vide, au bord de la mer, en lui baisant la main, et, de temps en temps, en l'embrassant avec douceur pour sentir le rose de sa joue contre ses lèvres, le parfum de son corps remonter par le col de son chemisier. Il n'osait pas plus dans son imaginaire, laissant à Dania la liberté de choisir si un jour leur relation serait celle d'amis, ou d'amants, de complices de jeux de la séduction ou de découverte presque fraternelle de l'autre. Barri se disait avec un sourire, quand il écrivait à Dania, que finalement, il lui envoyait presque chaque jour une histoire pour la faire rire, pour la rendre heureuse, pour la consoler d'une misère ou d'une autre, et presque chaque jour Dania s'enfermait dans sa chambre et avant de se coucher, elle ouvrait son ordinateur, avec le désir de lire les lettres de Barri. Elle gardait près d'elle un gros dictionnaire pour chercher avec gourmandise les mots qu'elle ne connaissait pas encore, et elle gardait pour toute la nuit les belles images que Barri lui envoyait. Des photos de plages tropicales, des photos que Barri prenait de lui-même avec son appareil automatique, des images de villes, des couchers de soleil sur des endroits invraisemblables. Et lorsqu'elle recevait un portrait de Barri, Dania lançait le logiciel de grossissement de la photo, elle regardait attentivement chaque grain de sa peau, chaque mèche de ses cheveux grisonnants, et lorsqu'elle arrivait aux yeux, elle lançait le grossissement au maximum et puis revenait doucement jusqu'à voir le visage complet de Barri, ses yeux bleus plein de soleil, ses lèvres, sa bouche, son sourire. Elle fermait alors les yeux et partait en rêve le rejoindre dans le chaud des tropiques, et s'endormait comme cela, affalée sur son lit, avec la souris de l'ordinateur encore dans la main. Barri se disait que finalement il lui servait de marchand de sable, de nounou pour l'endormir, mais cela n'éteignait pas la tendresse et l'affection profonde qu'il avait pour elle.
19:00 Publié dans tangoliberas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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