Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Jour de rien

C’est comme ça, sans raison valable. Le réveil est épouvantable pour commencer. Impossible de rester dans l’espèce de cauchemar qui s’était installé entre mon oreiller et moi. Un œil ouvert pour apercevoir par la fenêtre que pour une fois depuis huit jours, le soleil est là. Puis mes yeux se referment pour un moment. Au diable le tic tac qui presse ce qui passe en comptage de temps. Ça y est, je sens la mauvaise humeur qui s’installe. Le cauchemar, une sombre histoire de bête que j’essaie de tuer mais qui ne veut pas mourir est encore là, à me percer la raison, à m’énerver et enfin voilà, je me décide. D’un coup, assis au bord du lit. Ouaille ! C’était ça ! un torticolis pernicieux me ruine l’épaule. Je lève le rideau. Le soleil est bien là, il inonde la terrasse et fait briller les feuilles des arbres en face de moi. Et aussitôt tout ce que je ne veux pas de la routine m’assaille : la douche sous l’eau tiède, les ablutions devant le miroir, les rides chassées comme des parasites, le brossage tout aussi maniaque des dents. Et pendant l’agitation frénétique de la brosse, arrive l’envie d’un seul coup de me retrouver au cœur de Paris à faire du roller avec une amie dont l’image soudainement venue à l’esprit me creuse la tête comme une vrille. C’est comme ça. Elle ne comprendrait pas un truc pareil. Faut être seul trop longtemps pour assumer ce genre de truc. Et encore… la solitude ce n’est pas forcément l’absence d’un environnement de gens. Il y a des foules entières au sein desquelles on rencontre des gens encore plus seuls que s’ils avaient été abandonnés sur une planète d’un système solaire oublié. Je la vois, là, entre la faïence du lavabo et moi, comme si elle me regardait, avec ses cheveux noirs qu’elle aurait coupés, mais c’est comme ces fichus cauchemars, elle est là, mais je ne vois pas ses yeux, je les sens juste qui me regardent, je la sens qui me sourit, et ça me fait des nœuds dans les tripes. Allez, soupire un bon coup, ça va passer. … C’est passé. Mais ce regard perdu m’obsède. Sans comprendre je me sens inutile toute la journée, et je fais tout avec un sentiment de perdre mon temps qui me rend encore plus morose. Pourquoi rêver ? Elle est ailleurs, à des milliers de lieues, elle fait sa vie sans imaginer même que je puisse y penser, elle tape sur son ordinateur comme tout le monde, elle s’est fait une vie avec un homme comme elle disait, elle en a eu un enfant, et voilà. Mais pour le coup j’aurais aimé qu’elle le sache, que d’aussi loin on pouvait penser à elle. Faut pas chercher dans ces cas là. Penser à quelqu’un comme ça, ça ne prouve pas qu’on serait des amis, de ces vrais amis solides pour qui cette amitié là serait plus forte que des années d’absence. Et c’est probable que plus près d’elle d’autres pensent à elle comme moi, mais plus près, assez près pour lui dire, tiens ! Et elle, elle s’en fout probablement comme de la première tasse de thé. Mais quand même. C’est pas très normal que je reste dans ce doute, celui de penser dans l’inutile, dans le fluide du temps. Ce qui pourrait faire une certitude, c’est de savoir en retour qu’elle aurait pensé à moi au même moment. Ne pas le savoir, c’est comme si je vivais un jour de rien. Pablo Robinson

Écrire un commentaire

Optionnel