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Resurgence

Laisse moi le temps de mettre en ordre les milliards de mots qui fourmillent dans l'espace et que des antennes attrapent de temps en temps, quand ils s'accrochent par inadvertance (ou exprès pour me conduire à d'autres mots, maillons de phrases posées dans mon crâne en sillons infinis) dans les sphères qui baignent les pensées qui me traversent, lames souples, coupantes et meurtrières, blessantes parfois, ou caresses rares posées comme des mains dans mes cheveux, les yeux fermés, attendant avec avidité de retrouver cette sensation fœtale du contact des peaux dans la sécurité d'une eau maternelle... Attends un peu que les tambours cessent de cogner, que les tonnerres cessent de gronder, que les cordes des guitares lâchent les notes pincées dans le silence d'une nuit froide, nimbée des clochettes cristallines des crapauds dans les prés alentour, que le calme du désert se manifeste autour des hommes en pans de paix entiers qui font fermer les yeux des nomades de Dieu, et qui effraient les incrédules. Attends que mon cœur se remette à battre lentement, que mes colères s'apaisent, que mes yeux se ferment sur les viols de la vie, sur les lâchetés des hommes, sur les pleutreries des gouvernements, que mes mains ne tremblent plus de rage devant l'imbécillité des gestes futiles d'une folie collective, que les larmes de honte sèchent sur les joues des enfants qui pleurent quand ils nous voient vivre. Attends quelques instants encore, laisse moi faire un pas, puis deux, puis trois, laisse moi chasser la douleur de mes reins écrasés par les violences de ceux qui se veulent nos maîtres, habituer mes genoux à se plier librement, sans contraintes, laisse moi lever ma tête et sentir le soleil embraser mes yeux lavés de larmes, laisse moi tendre mes mains ouvertes vers le ciel et la pluie, laisse moi goûter l'air pur des montagnes, le sel de la mer, l'eau claire d'un ruisseau de glacier. Quelques secondes encore, que ma bouche s'ouvre, et que mes paroles s'échappent enfin comme des enfants épris de liberté, et s'envolent à travers l'azur vers des oreilles amies qui les écouteront, que les sons qui sortiront de ma gorge deviennent un chant d'amour et d'espérance, tendu vers le futur comme un testament pour les générations à venir, lorsque ma carcasse aura disparu et que ne subsisteront que les vibrations des sons. Voilà les signes écrits par mes doigts sur un clavier muet, transcrits en images ioniques contre une plaque de verre et envoyés à nouveau dans le vide en ondes invisibles. Me voilà enfin offert comme une résurgence, débarrassé de toute impureté, prêt à dormir en paix pour l'éternité, puisque toute autre action n'apporte que le désordre.... Pablo Robinson

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