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tourne-t-elle vraiment ?

DSC02567.JPGJe voudrais garder une fenêtre ouverte sur le monde, une fenêtre propre, où je pourrais sentir de vrais parfums, voir de vraies images, entendre de vraies mélodies. Mais depuis quelques temps, je sens bien que ce qui me vient du monde ne sonne pas juste. Dans ma forêt tropicale, la fleur sauvage de l’orchidée qui ne pousse que dans ma forêt, qui est petite et chétive, cette fleur qui n’est rien d’autre que ce qu’elle est, cette fleur là ne ment pas. Je pourrais la disséquer sous l’objectif de mon microscope, lui faire passer tous les tests du monde, elle serait encore fleur, orchidée, tropicale.

Mais ailleurs, là où l’on fait passer une punition comme étant une défense, là où l’on fait passer la violence pour être un droit, là où les enfants sont soldats avant d’être enfants, là où tout est servi aux sens des autres comme un immense jeu de trompe-l’œil, là où rien en peut être accepté comme vrai, à un tel point que même ce qui est vrai devient douteux, il ne me reste que deux voies, dont je dirais qu’elles deviennent inutiles l’une comme l’autre, car mes lecteurs, comme tant d’autres, auront été dupés comme moi par les multiples facettes de ce jeu de miroirs mortels, à un tel point que même le secours du manichéisme le plus primaire ne les aiderait pas à y voir une vérité. Et par conséquent, tout ce que je pourrais apporter à leur compréhension pourrait être retenu non pas contre les faits, mais contre la perception que j’apporte de ces faits, et finalement me jetterait inexorablement dans un camp ou dans l’autre, étant entendu que les perceptions premières sont souvent acquises comme étant les plus justes, dans le sens de l’adéquation entre l’expérience acquise et les éléments perçus. Or, l’enquête, la recherche, l’expérience, l’étude nous enseignent justement que nous sommes abusés par nous-mêmes, et il devient alors difficile de concevoir une « vérité » en dehors de la recherche de ce qui constitue l’irréfutabilité de preuves.

La première voie consisterait, comme l’ont enseigné quelques sages, à fermer mes sens, ma logique, à faire taire mon intelligence, et finalement à tourner le dos à toute sollicitation qui voudrait que je cherche à comprendre -éventuellement à accepter- l’inacceptable, peut être pour ensuite excuser l’inexcusable. L’autruche. Le dos rond. L’indifférence.

La seconde voie consisterait au contraire à entrer dans cette danse macabre de la guerre, résultante abjecte des choix les plus radicaux, à soulever les cadavres empuantis de leur décomposition, à remonter le temps jusqu’à la racine de l’instant qui a produit ces conséquences monstrueuses. Une enquête. Une expertise. Une passion.

Alors, j’y suis allé de la seconde, avec la tentation de ne prendre parti pour rien, rien d’autre que rechercher les points saillants de l’Histoire, afin que, outre mes yeux, mes doigts puissent toucher ces pointes pour me guider en aveugle, si parfois il m’arrivait de perdre le fil de ce labyrinthe mortel, dans lequel la seule clarté qui vient éclairer les sens est celle de comprendre les liens qui se rapportent aux faits, aux actes, et aux idées qui les ont organisés.

Il serait assez simple d’en faire un schéma rapide, un mémo transcriptible en quelques feuillets, avec des termes clairs, étaler des récits simples, avec des mots précis. Mais si Cassandre n’était pas écoutée sur ses prophéties, qui sera écouté sur l’explication des causes du mal qui ravage ceux qui aujourd’hui ont fait vœu de violence ?

Non pas que j’ai tenté de me taire, ou de ne pas réconcilier les recherches que d’autres ont fait bien avant moi. Mais ceux qui étaient susceptibles d’entendre ne l’ont pas écouté, ceux qui étaient capables de le comprendre n’ont pas voulu l’admettre, et finalement, à part ma conviction et mes mots, il ne reste rien. Rien que ma forêt qui continue de pousser, avec ses lianes urticantes qui étouffent les arbres, ses orchidées si humbles qui profitent du soleil pour fleurir. Si. Cette phrase de Galilée à la fin de sa vie : « et pourtant elle tourne ».

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