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tangoliberas - Page 4

  • -2- Dania (1)

    medium__cid_i1_picture076.jpgEn dehors de la vieille ville, vers, l'est, s’était bâti un faubourg dans les années 1900, d'abord des fermes et des ateliers d'artisans, puis, après la guerre, les maçons avaient construit des pavillons plus modernes pour les habitants de la vieille ville, lassés de la chaleur des étés étouffants, et des bruits des rues commerçantes. Il reste au milieu de ce quartier une zone boisée qui cache aux yeux des passants une vieille habitation faite de la ferme traditionnelle de la plaine et de ses dépendances, posées contre la bâtisse comme des enfants à couver. Les grands arbres perdent leurs feuilles au vent du nord, et le bruit des branches à la nuit effarouche les filles qui rentrent de la ville, mais lorsque les chaleurs du printemps font revenir les hirondelles, ces arbres deviennent un délice pour s'y reposer, et un havre pour les oiseaux de la région.
    Curieusement, les églises ne sont pas au centre de l'histoire de la ville, mais reléguées presque au sud et à l'est, comme si les affaires divines n'avaient pas la prime dans cette bourgade ancestrale. On aurait pu croire que la via Gonzaga, qui avait longtemps fait concurrence avec la via Garibaldi, tenait par ses bâtiments publics la préférence de sa population fière et parfois ténébreuse sur les jardins de la via Trento ou de la piazza Garibaldi. Mais, à l'habitude, les moeurs lentement évoluées des paysans  devenus citadins démontrèrent que cela n'avait pas d'importance. Les cours intérieures étaient toujours aussi bruyantes, les odeurs de cuisine aussi puissantes, et chaque villa, chaque cour, se comportait au milieu de la ville comme un château féodal et fortifié, où l'étranger à la courée était traité en animal ou en prince...  
    Et les puits cachés sous les auvents donnaient à chacune de ces citadelles des allures de défis où les fièvres de marais étaient muselées et les guerres inexistantes. Pourtant, à Guastalla comme dans toute la région, les multiples forces de tous les pays d'Europe étaient venues faire le sac, ou occuper la ville pour en demander rançon, ou encore y faire la traite à la chair à canon, depuis des siècles et des siècles, si bien que l'air farouche des habitants d'aujourd'hui reflète encore des terreurs de femmes cachées, des regard ébahis d'enfants enlevés, et la colère des hommes emportés en capture. Les ancêtres de Dania, d'obscurs barons dilués depuis des siècles dans la population de la plaine, avaient autrefois une grande villa à l'écart du fleuve trop capricieux, agrémentée de grandes terres de bon rapport, où il faisait bon cultiver le blé et le seigle. Puis, avec l'épuisement des obligations testamentaires, les partages morcelant les terres, il n'était resté à ses grands parents qu'une petite maison accrochée par un chemin au village de Tagliata. Son père était né là, et elle aussi. Le village s'était construit au fil du temps autour d'une chapelle dont on disait qu'elle était miraculeuse, que l'eau qu'on y buvait guérissait  des fièvres des marais, et forcément, comme les miracles attirent les foules, quelques paysans malins y avaient contruit des granges qui servaient plus à héberger les pélerins qu'à stocker de la paille...
    Dania avait enlevé ses chaussures, qui, décidément, lui faisaient trop mal. Elle avait posé son sac sur son lit, jeté, presque, tellement elle était fatiguée. En regardant par la fenêtre, elle voyait encore quelques phares illuminer la longue plaine, et passer le carrefour qui allait à Guastalla, en faisant le double virage. La lumière des phares des voitures, à cet endroit précis, ressemblait à l'éclairage d'un phare d'une côte maritime infinie, n'auraient été les quelques bâtisses, récentes pour la plupart, qui donnaient à la monotonie plate des reliefs d'accidents, comme si les hommes s'arrangeaient toujours pour chiffonner le paysage. Un  promoteur n'avait-il pas trouvé mieux que de planter un immeuble au milieu des fermes centenaires, occupées maintenant par les maraîchers de la ville ?
    Elle regarda encore par la fenêtre les derniers rayons du jour se briser sur les arbres lointains de la plaine, là-bas vaguement vers l'ouest. Elle y voyait maintenant les feux rouges des voitures disparaître dans la brume naissante, sur la route de Correggioverde. Elle se disait que peut-être demain, elle se lèverait à l'aube et elle irait faire en vélo cette promenade promise. Elle passerait par les chemins de ferme pour ne pas suivre le bord de la route et éviter le vent des autos, elle roulerait dans la terre sombre de la Grande Plaine, elle longerait l'étang de retenue près de la ferme, puis prendrait les chemins de traverse pour rejoindre le bord du fleuve. Là, elle traverserait le pont droit et raide qui passe le Pô. Après le pont, elle quitterait la route et descendrait le talus pour rejoindre le chemin de halage, et elle partirait comme ça, tout droit vers le fleuve, en suivant les ombres des grands arbres...
    Au soleil de midi, elle reviendrait en passant par Dosolo, en traversant le village pour sentir les parfums de fruits dans les coopératives, ou pour écouter les cris des hérons qui chassent dans les marais.... Dania pensait à tout cela, machinalement, en regardant la nuit pousser plus loin ses soucis du jour.
    Elle se croyait lancée dans une torpeur digne de l'autre coté du monde, abasourdie par le rêve qu'elle venait de faire. Elle marchait sur une plage tropicale, aveuglée de soleil, les pieds doucement crissés par le sable presque blanc. Sa vision n'était pas nette, mais elle distinguait au loin des fanes de cocotiers tomber dans les cristaux du soleil qui se réfléchissait dans la mer, et en dessous une ombre qui marchait vers elle. Janis Joplin hurlait son Move Over dans sa tête, accompagnée par les guitares folles. "You know I need a man" tonnait dans ses tympans, et les reprises musicales lui hérissaient les cheveux. Le ciel était trop bleu, la plage trop blanche, tout brûlait tout à coup autour d'elle, le monde se mettait à tourner avec les spasmes de la musique Rock des années 70, puis tout à coup son corps se mettait à ruisseler de la pluie survenue derrière elle, elle sentait les gouttes tièdes caresser son dos, ses cuisses, ses cheveux retombaient sur son nez, mais la silhouette avançait toujours vers elle, aveuglée par le soleil dont le nuage passant n'avait pas encore battu les rayons. Elle distinguait le corps d'un homme, plutôt grand, plutôt élancé, mais elle ne voyait toujours pas son visage. Elle marchait péniblement dans le sable mou, ses jambes ne voulaient pas la suivre, elle avait l'impression de tendre les bras vers l'impossible, et l'autre qui ne semblait jamais venir ...

     

  • -1- Barri

    medium_nigeria_1977.jpgPourquoi a-t-il envoyé cette photo ? Elle datait de trente ans, elle avait été prise au  Nigeria, au début de sa carrière, quand il traçait des lignes électriques au milieu de la jungle infestée de serpents, innaccessible et dangereuse. Il l'avait fait prendre dans un petit village de brousse, par un photographe local, qui avait un vieil appareil à soufflet, posé sur un trépied mille fois réparé. Cette séquence lui rappelait Tintin au Congo, et la scène y ressemblait vraiment. la photo avait été prise dehors, avec la toile de la 404 bâchée en arrière plan. ce souvenir lui apportait beaucoup de joie. Il lui semblait que son visage à ce moment là était différent, mais elle penserait que non. Dans ses yeux il y avait encore plus de candeur que maintenant. On pouvait peut être mieux y lire toute la poésie qu'il mettait dans sa vie, dans sa manière d'aimer. Son visage, plus jeune, était aussi plus tendre. Mais il devinait qu'elle le saurait déjà, qu'elle devinerait que tout ce qu'elle ressentait de lui n'était pas nouveau, qu'il devait traîner ça dans sa vie depuis très longtemps, mais que ce n'était que maintenant qu'il pouvait l'exprimer .... et à elle seulement.

    Barri s'était posé la question. Longtemps. Il connaissait Dania depuis 5 ans maintenant, mais il avait l'impression qu'elle faisait partie de sa vie. Au début, il lui envoyait des messages gentils, des boutades, des petits mots pour lui remonter le moral. Barri sentait bien que Dania n'était pas toujours au mieux de sa forme, qu'elle avait de temps en temps des crises de moral, qui viraient presque à la dépression. Aussi, lorsqu'il sentait cette perte de tonus, il lui envoyait des lettres plus sérieuses, des conseils, comme s'il s'était agi de sa propre fille, ou de sa soeur, ou d'une amie d'enfance. Puis avec le temps, ces messages étaient devenus des partages plus profonds, des actes de complicité où l'un et l'autre partageaient leur intimité, leurs peines, leurs envies. Barri était persuadé d'aimer Dania comme il n'avait jamais aimé quelqu'un, et il était convaincu que Dania partageait ces sentiments. La relation épistolaire qui s'était installée entre eux était devenue une véritable addiction. Ni l'un ni l'autre ne pouvait supporter plus de 24 heures sans lire un mail ou recevoir une photo de l'autre. Barri avait tenté de s'en défendre, il avait essayé de ne plus écrire à Dania, d'effacer systématiquement les messages reçus sur son ordinateur ou sur son portable. Mais il sentait bien que sans les réponses que Dania attendait, elle perdait pied, elle s'étiolait comme une fleur coupée et laissée sans eau. Quant à lui, il ne cessait de penser à elle, cela le minait, il avait l'impression de trahir une promesse. Alors il envoyait un mail de reconnaissance, avec un mensonge pour dire qu'il était parti dans un coin du monde où il ne pouvait pas communiquer. Dania faisait semblant d'y croire, elle lui pardonnait d'avance ce mensonge là, car elle savait qu'il ne serait jamais parti loin d'elle, elle voulait dire sans la possibilité de la joindre d'une manière ou d'une autre, sans l'avertir avant. Dania pensait même que lorsque cela était le cas, Barri lui préparait des textes longs, qu'elle prendrait plaisir à traduire lentement, comme on suce un bonbon au goût merveilleux. Ces deux-là avaient entre eux une complicité que personne d'autre au monde n'aurait pu partager. Il n'y avait rien de  dramatique dans cette relation du bout du monde, rien de douloureux. Barri pensait que c'était juste de l'amour, un amour comme il n'aurait su le définir, lui, si intelligent, si sensuel. Et lorsqu'il partait en Europe, et qu'il avait l'occasion de rencontrer Dania entre deux avions, il échafaudait des plans de retrouvailles, il s'imaginait l'attendre à la sortie de l'aéroport, ou encore il rêvait que c'était elle qui l'attendrait, habillée avec un tailleur couleur bois de rose, avec une jupe courte, avec des hauts talons, et ses cheveux rangés en queue de cheval, avec des lunettes noires qui l'aurait fait ressembler à Jackie Kennedy. Barri ne doutait pas que Dania ait des rêves identiques, Elle lui en racontait toujours un petit bout, avec, pensait-il, l'intention de le provoquer gentiment,  de le faire rêver encore plus. Mais si l'un et l'autre pensaient à ces moments où ils se retrouveraient, Barri s'arrêtait aux sensations de la tenir dans ses bras, de l'emmener visiter les villes du monde qu'il connaissait, de rire avec elle, de la regarder à la dérobée, comme cela arrivait lorsqu'ils branchaient leur caméra sur le net, de partager un repas dans un petit restaurant presque vide, au bord de la mer, en lui baisant la main, et, de temps en temps, en l'embrassant avec douceur pour sentir le rose de sa joue contre ses lèvres, le parfum de son corps remonter par le col de son chemisier. Il n'osait pas plus dans son imaginaire, laissant à Dania la liberté de choisir si un jour leur relation serait celle d'amis, ou d'amants, de complices de jeux de la séduction ou de découverte presque fraternelle de l'autre. Barri se disait avec un sourire, quand il écrivait à Dania, que finalement, il lui envoyait presque chaque jour une histoire pour la faire rire, pour la rendre heureuse, pour la consoler d'une misère ou d'une autre, et presque chaque jour Dania s'enfermait dans sa chambre et avant de se coucher, elle ouvrait son ordinateur, avec le désir de lire les lettres de Barri. Elle gardait près d'elle un gros dictionnaire pour chercher avec gourmandise les mots qu'elle ne connaissait pas encore, et elle gardait pour toute la nuit les belles images que Barri lui envoyait. Des photos de plages tropicales, des photos que Barri prenait de lui-même avec son appareil automatique, des images de villes, des couchers de soleil sur des endroits invraisemblables. Et lorsqu'elle recevait un portrait de Barri, Dania lançait le logiciel de grossissement de la photo, elle regardait attentivement chaque grain de sa peau, chaque mèche de ses cheveux grisonnants, et lorsqu'elle arrivait aux yeux, elle lançait le grossissement au maximum et puis revenait doucement jusqu'à voir le visage complet de Barri, ses yeux bleus plein de soleil, ses lèvres, sa bouche, son sourire. Elle fermait alors les yeux et partait en rêve le rejoindre dans le chaud des tropiques, et s'endormait comme cela, affalée sur son lit, avec la souris de l'ordinateur encore dans la main. Barri se disait que finalement il lui servait de marchand de sable, de nounou pour l'endormir, mais cela n'éteignait pas la tendresse  et l'affection profonde qu'il avait pour elle.

  • prologue

    Pondichéry (Inde) - de notre reporter Alan Mac Weill.
    Le congrès mondial sur les maladies virales s'est terminé sur un résumé pour le moins surprenant. Si les chercheurs ont constaté depuis plus de cinquante ans une montée en puissance du nombres d'infections virales, ils sont tous d'accord pour reconnaitre que la voie sexuelle reste la plus énigmatique pour la transmission des virus pathogènes. Les études récentes font ressortir que le virus du SIDA ne devrait pas de transmettre que par la voie sexuelle, mais aussi par tous les autres moyens contenant des cellules : salive, sang, cellules mortes etc... Or, force est de constater que la transmission pathogène ne se situe que dans le cas d'activités sexuelles ou lors de transfusion de sang ou d'utilisation d'aiguilles sales par voie intraveineuse. Le paradoxe devient plus opaque encore lorsqu'on sait que d'autres virus pourraient très bien se transmettre par les voies sexuelles, y compris bien sûr celui qui touche le plus grand nombre d'êtres humains, la grippe, ce qui est loin d'avoir été démontré, puisque le virus de la grippe se propage par voie aérienne, au sein d'aérosols naturels évacués lors d'éternuements, par exemple. Des chercheurs Russes ont également décrit une théorie basée sur des calculs informatiques très complexes  concernant des échanges d'ADN et des mutations biologiques et génétiques liées aux transformation des virus, que l'homme pourrait fabriquer lui-même une sorte de sérum contenant les anticorps pouvant le protéger contre des éléments communs à tous les virus, empêchant ainsi par une barrière naturelle l'infestation de son propre corps. Mieux encore, un chercheur Brésilien a indiqué qu'il avait réussi à produire ce sérum chez une variété de souris sauvages de l'Amazonie, mais qu'il n'était  transmissible que par voie sexuelle, donc, in fine, ce sérum permettrait de concevoir des dynasties de souris  immunisées contre tous les virus, à l'exclusion d'autres espèces. De nombreux participants ont crié à l'imposture lorsque ce jeune chercheur a présenté son "abstract" concernant ses recherches. Mais les enjeux sont énormes. On imagine ce que pourrait devenir l'humanité si une dynastie particulière était immunisée contre les virus, le pouvoir qu'elle aurait sur le reste des femmes et des hommes, et les atouts que cela impliquerait au niveau social. Mais les chercheurs sont tellement septiques sur ce point que l'on peut être rassuré : ce n'est pas encore demain que l'homme sera immunisé contre les virus !
    Un laboratoire s'oriente aujourd'hui sur de nouveaux process de fabrication de molécules immunisantes, fabriquées avec des machines aujourd'hui tenues secrètes et installées sur la frontière entre la France et la Suisse, dans une ancienne mine de fer. Ces médicaments ont une durée de vie encore trop courte, mais leur fabrication, à l'état de conception expérimentale, a déjà permis de sauver quelques cas particuliers de dépression immunitaire fulgurante, constatés lorsque le virus du SIDA s'attaque à des porteurs de caryotypes particuliers, souvent issus de croisements de populations génétiques très différentes.
    A ce titre, une équipe de chercheurs installée aux Antilles a présenté un exposé révélant que les habituels groupes sanguins A, B, AB et O, n'étaient en fait que la façade de sous groupes beaucoup plus importants. En fait, la vulnérabilité aux virus s'exprimerait en fonction des composantes génétiques issues des croisements entre les être humains, à tel point que ces chercheurs ont montré que les détenteurs de certains caryotypes étaient beaucoup plus résistants à certaines maladies virales. Cet exposé, assez controversé par les grands pôles de recherche, met en cause la notion d'uniformité génétique chez l'être humain. Selon les chercheurs, l'évolution humaine aurait pour composante principale le croisement des chaines d'ADN, sans lesquelles la pérénité des générations ne tiendrait pas dans le temps. Les chercheurs ont indiqué que les déficiences génétiques responsables des maladies dégénératives comme  le mongolisme, dont on pensait jusqu'à maintenant qu'elle avaient pour origine une réplication trop homogène des chaines d'ADN, ont en fait pour origine non seulement l'homogénéité de l'ADN, mais en plus la réplication exacte des éléments définissant les caryotypes. Mais ces mêmes chercheurs, qui veulent garder espoir au sujet de la capacité de trouver un vaccin immunisant contre les virus, ou, du moins, certains d'entre eux, ont montré dans leur exposé très technique que la voie était ouverte dans ce sens, mais que les vaccins qui pourraient être envisagés devraient être adaptés à plus de 250 caryotypes différents, et certains types de porteurs ne pourraient pas être signés, car leur profil de défense intégré dans leur ADN ne pourrait en aucun cas fabriquer les défenses nécessaires contre les virus.
    Le congrès s'est achevé ce soir par une grande réception à l'ancienne ambassade de France, pays qui avait la charge d'organiser cette manifestation mondiale. On a remarqué que le sujet des virus n'interesse pas que les chercheurs et les médecins. De nombreuse délégations militaires étaient inscrites à la participation à ce colloque, ainsi que quelques représentations officielles. C'est ainsi qu'on a reconnu parmi les délégations d'états des responsables de services de renseignements, des ministres de la santé, des responsables de l'environnement.