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Noces d'Algies - Page 3

  • Le pire de tous les péchés

    mai 2009 022.jpgNous sommes condamnés à la solitude internétique, au dialogue par boutons de plastique interposés, chacun écoutant un mp3 quelconque dans son bureau, casque sur la tête, enfermé dans la clim ou le chauffage, isolé du monde, ne laissant filtrer par la vitre numérique que ceux et celles qu'il veut bien accueillir, et encore, à condition que quelqu'un réponde à son appel, souvent muet, agrémenté de niaiseries la plupart du temps pour faire croire à tout le monde que tout va bien.

    Mais on sait tous que c'est pas vrai, on sait tous que nous avons tacitement accepté de nous enfermer dans notre commodité de relation, celle qui ne fait ni mal ni bien, celle qui n'exige rien de soi, enfin, rien d'autre que de satisfaire l'immense détresse qui nous assaille lorsque, à la nuit tombante, on s'aperçoit que plus rien ne bouge autour de nous...

    Et là, l'espace d'un instant, la terreur nous prend à la gorge, à voir le vide tout autour, comme une mort rodante. On se tait, cette douleur-là ne dure qu'un instant. Vite, on reprend le dessus, on regarde ailleurs, on va vite se réfugier dans l'avenir en faisant des projets fous qui ne verront jamais le jour, ou alors on va chercher une accroche de souvenir, pour se soûler avec toute la soirée, mater une photo jaunie, la scanner, la partager avec des gens qui en ont rien à foutre, et se faire croire que c'est important ce moment-là. Et puis la nostalgie revient, comme une gueule de bois d'alcoolique. On se prend à sortir, à regarder les gens, et à regarder les gens nous regarder, à voir qu'on est devenu quelconque, comme on a toujours été, finalement.

    On passe dans la rue comme des fantômes, qui croisent d'autres fantômes, qui eux aussi ont fini par croire que la vraie vie est un fantasme électronique qui ne peut se partager qu'à travers un écran. Mais là, dans la queue de la boulangerie, on ne se dit même plus bonjour, on se suit en silence, jusqu'à la caisse, pour passer la carte dans le monéo, prendre son pain et filer dans le gris de la pluie retrouver les couleurs de l'écran...

    (robinsondesiles - les noces d'Algies . 08/2012)

  • soleil d'hivers

    Le soleil cette fois-ci m'a suivi le long du ruban gris de l'autoroute, dans une course nouvelle entre deux villes endormies par l'hiver finissant. Hier, c'était les aurores répétées qui jouaient de ma mémoire.

    Ces levers de soleil pointant à l'horizon au loin du bord rond de ma planète, jaillissant dans la vitre de l'avion, au-dessus du monde, au dessus de tout, silencieux présage d'un jour nouveau, éveil d'une appartenance pesante à la gravitation. Mais là, il est loin aussi, mais de l'autre coté : il rougit en tombant dans un rideau de brumes horizontales, pendant que je surveille la route au devant, en suivant les lumières rouges qui bougent.

    Dans le poste, ils parlent de paysages qu'ils ne connaissent pas, mais que j'ai foulé de mes pieds longtemps avant eux: ils disent des mots de guerre, alors que j'avais marché jadis dans le sable du silence, et bu l'eau des puits avec la paix posée sur le visage des bédouins. Ils disent des présages atroces en parlant de peuples qu'ils n'ont jamais côtoyé, jamais aimé donc, alors forcément ils ne savent pas de quoi ils parlent.

    Ceux que j'ai connu sont peut être déjà morts, assassinés par les famines, rongés par des maladies inconnues, ou simplement sacrifiés au nom du droit de la force des autres. Et s'ils ne sont pas morts encore, alors je partagerai leurs prières dans les temps à venir, pour partager aussi l'eau qu'ils m'avaient offerte, le pain qu'ils avaient cuit pour moi, la tendresse que leur regard m'avait donné.

    Mais aujourd'hui, mon amour pour eux ne leur parviendra pas, sinon par les brouillards des songes qui commencent de hanter mes nuits.

    (c) 01-2003

  • Ombre de toi

    Il me reste de toi
    ton odeur, ta bouche, tes doigts,
    le touché de ta main sur mon corps,
    appuyée sur moi quand tu dors....
    Il me reste l'insomnie, le silence,
    et tout ce que tu es dans ton absence ...

    Comme si tu revenais, espérance,
    hallucination, je caresse le vide
    et mes bras dansent en l'air, évidence
    de ma mémoire stupide.

    Comme si tu revenais, là, maintenant,
    je prépare la soupe, celle aux oignons,
    écoutant dans le bouillon un instant
    un murmure, un souffle, un son.

    Sur la table ton couvert est mis
    et ta serviette est posée sur ton assiette.
    Une louche pour toi, une louche pour moi,
    et ce silence de pendule, ce silence de cri
    qui m'enserre la gorge et me fait tout petit.

    Rien. En face, la montagne est seule
    maintenant comme moi, sans toi, sans rien.
    murmure des peupliers au soir
    et la soupe est là qui reste froide.

    A la cheminée même il n'y a plus de chaud
    des flammes seules qui allument la pièce,
    des tisons qui ne chauffent pas
    comme le faisaient tes bras le soir
    quand tu m'embrassais.

    Au silence, et je reste, et j'attends.


    Pablo Robinson - Noces d'algies 1 - (c) 03/2010 -