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les chiens de campagne - Page 3

  • D comme dépression

    Il en est mon frère de la dépression comme d’un long voyage. Marcher sans arrêt, un pas après l’autre, pendant des années, suivre des routes qui ne sont pas nôtres, des chemins de traverse obligés, longtemps suivis par des temps concentrés, des temps d’amour et des temps de haine, des chemins de nuages, où la terre est sentie, mais où elle n’est pas vue, des pas en aveugle avec la main tendue vers un inconnu qui nous guide là où l’on ne connaît pas.

    Puis peu à peu le corps s’essouffle, l’esprit n’est plus là. l’on se prend de lassitude à force de marcher ainsi sans connaître la route, à perdre l’horizon d’un paysage sans brouillard, on se lasse de tout. Encore des pas à poser sur un sol sans nom, des ornières boueuses à longer sans faillir: puis vient la première chute.

    Et d’un coup, les émotions te noient, tout devient trop dur, un geste de compassion, un regard de pitié, un rire dans le dos et la foule qui passe, lente et dense, imprécise et silencieuse. Les larmes qui montent à chaque honte sentie, à chaque trahison de ces nerfs qui lâchent. Des rages sourdes de violences contre soi, de menaces internes pour croire qu’on va vaincre, des batailles perdues à vouloir se parfaire.

    Ce long chemin d’une pente aride, à comprendre enfin que l’esprit est infirme, qu’il faut marcher humble, à petits pas comptés, accepter de soi la limite du temps, un pas après l’autre, une main en avant, sans orgueil pour monter un peu, et sortir de ce trou. Et ainsi apprendre du temps la maîtrise du corps.

    Un matin le soleil ne se lève pas pareil. Il est un peu plus jaune, un peu plus chaud, un peu plus prés: les pas de chaque brassée de volonté sont un peu plus sûrs, un sourire s’esquisse quand l’esprit se libère, et arrive un peu de guérison, un peu de vaillance retrouvée. Mais le temps a passé, et le combat a duré. Il reste des forces à quérir encore pour se sentir à nouveau homme, aspirant pour sa force les forces d’alentour, laissant à d’autres de perdre à leur tour la quiétude de soi.

    Ce combat-là, mon frère, si tu le gagnes, il fait de toi un homme, plus humble que les saints, plus fort que les puissants, plus pur que les enfants...

    (c) Pablo Robinson 12/2006

  • les andouilles

    Andouilles suspenduesUne andouille, c'est fait avec des boyaux de cochons. d'abord on les vide au jet sous pression, puis on les échaude, afin de les débarrasser de toutes les cochonneries qui sont dedans. quand ils sortent de la grande marmite à vapeur, on les appelle alors des "chaudins". Après on les enroule en commençant par un bout pour aller à l'autre bout. Pour faire l'andouille, on commence par prendre un petit intestin grèle, qu'on bourre de chutes avec des épices, et sur lequel on "chausse" un  autre intestin puis un autre puis un autre et ainsi de suite jusqu'à obtenir un genre de saucisse de 1m à 1.80 de long, d'un diamètre de 8 à 15 cm. Quand on a fini de faire l'andouille, on la met au fumoir pendant 24 à 48 heures, puis on la vend aux touristes...
    En Bretagne, faire l'andouille permettait de récupérer toute la tripaille du cochon, lequel, comme aujourd'hui dans beaucoupe de pays pauvres, représente la "caisse d'épargne " familiale. Et comme il n'y avait pas de fumoir dans chaque masure, les andouilles étaient suspendues dans la cheminée, oû elles étaient à l'abri des prédateurs (mouches, rats, enfants affamés, maris grognons et amants à fringale) et oû elles prenaient leur goût tout en séchant, leur avenir de conservation étant garanti par la bonne fumée des bois de chataigner qui chauffaient la maisonnée. L'andouille de Guéméné est fabriquée et séchée de manière traditionelle sous cette forme, ce qui prend du temps et assèche fortement le produit, d'oû son prix élevé et la couleur noire de sa "robe". Les andouilles modernes sont chaussées précuites et "finies" dans des fours fumoirs en quelques dizaines d'heures, avec en prime un contrôle qualité qui garantit la propreté du produit et son absence de bactéries fécales (ce qui n'était pas le cas dans le passé)....
    Andouilles suspendues 1
    Il existe de nombreuses sortes d'andouilles, des grandes perches à walkmann incorporé avec boutons d'acné sur la figure en option, des petites avec de grosses lunettes qui savent tout avant de savoir pisser, des grosses qui bouffent n'importe quoi en décrétant que ça fait du bien par oû ça passe, et un nombre incalculable d'andouilles ordinaires, qu'on rencontre le plus souvent le long des autoroutes entre le 1er juillet et le 31 aout (précisément), et qui ont la particularité de cumuler les couches de bêtise et de couennerie, d'oû leur appellation finale.
    Enfin, et ce n'est pas tout, on a découvert depuis quelques années une nouvelle variété d'andouilles, lesquelles sont affublées d'un bout de plastique sur le coté du visage, et n'ont de cesse de causer dedans à longueur de temps, sans se rendre compte que les mots qu'elles égrennent leur coûte une fortune, mettant en danger leur pécule, sans oublier qu'elle le font dans toutes les circonstances, y compris en conduisant un véhicule, à tel point qu'on se demande comment le gouvernement a pu délivrer des permis de conduire à de telles engeances ....

  • La poule de Robinson

    vous n'êtes évidemment pas des naufragés.

    moi, si.

    A ce titre, j'ai quelques théories d'avance sur le commun des mortels, et en particulier sur l'art de philosopher sur l'oeuf et la poule, et de savoir si définitivement l'un serait arrivé avant l'autre. Car sur mon île déserte (enfin plus maintenant n'est-ce pas ? ) il se passe des choses bizarres.

    un matin, lors de mon jogging habituel sur la plage, je suis tombé pile sur un oeuf. Ceci amène la première affirmation devant témoin. l'oeuf est apparu en premier. Remarquez, j'imagine mal une poule débarquer sur mon île avec un oeuf sous le bras, juste pour me contrarier...    quoique ...

    Bref, comme un père attaché aux intérêts de ses enfants, je pris l'oeuf et le rapportai à mon carbet, afin d'y trouver un havre de couvaison qui satisfasse la gent ailée qui devait s'y loger. j'installai la trouvaille dans un nid de brindilles et de kapok, et laissai à Jupiter, ou à quelque autre dieu solaire, le soin de pourvoir à ses besoins en calories.

    Après quelques semaines, revenant de mon jogging matinal sur la plage je vis au loin dans la direction de ma maison un nuage de fumée s'élever au firmament. Etonné par tant de cuisine, je me rendis sur place et découvris mon carbet en ruines fumantes, et près du désastre, une poule sans plumes, sans bec, mais pourvue d'une queue fourchue et d'ailes de chauve souris, qui crachait du feu comme un âne qui pète.

    Point n'était possible, sur une île pareille, de douter un instant que l'oeuf eût changé de nature entre le moment de sa trouvaille et les premiers craquement de sa coquille, laquelle semblait en tous points conforme à la norme ITX 286
    695, qui calibre et filtre tous les oeufs que notre bêtise humaine voit passer sous ses yeux...à savoir, conforme en tous points à la matrice anale d'une poule commune de poulailler.

    J'en tirai la conséquence que si les oeufs donnent des poules qui ont des dents, crachent du feu, dont  un exemplaire de la bestiole que j'ai sous les yeux, alors les hommes savants sont vraiment idiots de croire que ces oeufs sont susceptibles d'avoir une poule comme mère, et de croire que les animaux nés de tels oeufs peuvent avoir de pareilles poules comme descendants...

    Amen
    Rob  (c) 02/2006 -