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Chroniques humaines - Page 7

  • Confinement: jour 6

    (lundi 23/3): Cette chance qu'on a, de vivre ce moment maintenant. Rester enfermé et pouvoir converser avec le monde entier, se voir, se parler. Qui n'a pas "au moins" un téléphone portable ET le réseau internet qui va avec ?

    Même ma bergère bédouine a le sien, ses moutons me l'ont dit. Lorsqu'elle s'assoit à l'abri du vent, il y a toujours quelques agneaux qui viennent se coller à ses basquettes (nike) et la regarder comme si elle était la sainte vierge. Je me demandais pourquoi... J'ai fini par comprendre: elle leur passe shaun le mouton, version arabe, sur son portable.

    Ce matin, j'étais réveillé avant l'aube. Je voulais voir le jour naître, le soleil se lever. J'ai construit ma yourte en plantant trois piquets un 21 mars, jour d'équinoxe. Ils étaient alignés sur le lever du soleil ce jour-là, très précisément. Le premier piquet définissait le centre le la yourte, le deuxième représentait l'axe de la porte d'entrée, et le troisième, planté sur la hauteur plus loin, s'alignait sur le lever du soleil.

    Ce matin, malgré le froid, je me suis mis devant la porte, grande ouverte, et je l'ai vu se lever. Passer de l'aurore à l'aube, puis de l'aube au lever du jour, puis regarder le disque s'élever lentement au-dessus de la colline...

    Oublier à cet instant le monde. Regarder l'univers remuer lentement, comme une danse ralentie. Observer le changement des couleurs, l'éveil des lumières et des ombres. Se faire tout petit, respiration insignifiante, immobile comme les pierres alentour, le temps d'inonder mon âme de cette béatitude...

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  • confinement: jour 5

     

    Confinement, jour 5 (dimanche 22/3).
    Le soleil a fini par se lever et chasser l'aurore. Les ombres à l'aube, dans l'air lavé de la pluie nocturne, sont plus nettes, et les dunes passent lentement du brun au jaune, en passant par les ors du ciel. Un bédouin muezzine sa mélopée au loin, c'est cela qui m'a sorti de mon rêve.

    Plus tard, le soleil a réveillé celui que j'appelle "l’œil de Soron", en référence à la saga du seigneur des anneaux: à quelques kilomètres a été érigée une tour de 300 mètres, surmontée d'un capteur solaire circulaire, dans lequel se reflète le soleil par le biais de 50 000 miroirs*. Bien qu'ils ne reflètent pas tous le disque brûlant en même temps, c'est quand même suffisant pour chauffer de l'eau sous pression à 550 degrés et faire ainsi de la vapeur et, par suite, de l'électricité.

    Ça me fait peur.

    Pas que je sois un trouillard de nature, pas non plus par peur de la technologie thermodynamique, vu que je mange avec depuis des années. Non, ce qui me fait peur, c'est que cette centrale est quasiment automatique. Hier, il pleuvait, l’œil de Soron était éteint, et je croyais que c'était parce que tout le monde était rentré se confiner chez soi... Mais non ! Dès le soleil levé, le monstre a ouvert son œil et s'est mis à scruter l'horizon... Un peu plus tard, la vapeur des turbines a commencé à s'effilocher dans l'azur nouveau. Je me demande si la machine ne tournerait pas toute seule une fois que nous aurions disparus, activant ses automatismes que nous lui avons programmés...

    Au moment de ces lignes, le monstre s'est assoupi. Il clignote de ses loupiotes rouges pour dire qu'il est là, tapi dans l'obscurité naissante, en attendant que demain le soleil se lève.

    ps: cette diablotine de bergère bédouine qui ne fait que passer devant moi tous les jours n'est pas une bonne bergère: elle a beau se cacher derrière son voile, mais je vois bien qu'elle passe son temps à causer dans son téléphone portable au lieu de mener son troupeau. J'ai dû même aller repousser les agneaux et leurs mères qui venaient brouter mes belles fleurs du printemps: de près, je vous le dis, un agneau porte bien son nom: il te regarde avec une innocence et une ingénuité qui ferait fondre n'importe quel boucher...

    * voir ici: https://www.israelscienceinfo.com/…/la-percee-israelienne-…/

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  • confinement: jour 4

    Confinement, jour 4 (samedi 21/3). ah ! le samedi ! le repos et l'étude. Rentrer dans le Livre, et commencer la lecture hébraïque de ces mots extraordinaires, chercher leur sens, traduire, comprendre, déchiffrer la cohérence entre le Message et ma vie, l'âme des mots et l'âme de mon être. Je me fonds dans cette Histoire qui n'est pas une histoire, et ce qui m'inspire dans la compréhension des mots et me rapproche du divin, transforme mes sens en évolution de philosophie et de sagesse. L'étude devient un moment de prière et de béatitude qui me laisse vidé de tout et harassé de fatigue, comme si j'avais couru un marathon.

    Il a plu cette nuit, des pluies hâtives et des pluies tardives comme le dit la prière du matin. Alors je me dis que c'est un signe des temps. La pluie dans le désert est toujours un événement particulier.

    Par la fenêtre je regarde comment les eaux du ciel font l'amour avec la terre, comment les plantes dansent sous l'averse, comment courent les nuages sur les dunes, affolant les herbes hautes et les arbustes et effrayant les oiseaux. Il pleut encore alors que le jour s'échappe, la terre et le sable se rassasient et exhalent un parfum d'humide et de mousse.

    Entre deux lectures, j'ai mis mon nez dehors. Mon voisin a laissé devant ma porte une soupe et du pain. J'ai l'impression de revenir encore au temps d'Abraham, quand les gestes les plus simples étaient aussi les plus doux, quand le Divin se mêlait aux hommes et cachait encore sa Face pour ne pas les effrayer.

    Ici c'est vraiment la terre sainte.

    L’image contient peut-être : ciel, montagne, nuage, plante, herbe, arbre, plein air et nature